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 Week-End Pop Philosophie

Vendredi 4 Novembre 2016 au Théâtre National de Nice
Samedi 5 Novembre à la Villa Arson

 

Vendredi 4 novembre

THEATRE NATIONAL DE NICE

 

19h.
Théorie du Kamikaze
Laurent De Sutter, professeur de théorie du droit à la Vrije University Brussels et Directeur de la collection Perspectives Critiques au PUF

Et si nous nous trompions ? Et si les attentats-suicides n’avaient rien à voir avec la guerre ? Et s’ils n’avaient rien à voir avec la religion ? Et si, même, ils n’avaient rien à voir avec quelqu’idéologie que ce fût ? Que se passerait-il si, en réalité, ce dont les kamikazes se voulaient les terrifiants acteurs était une simple surenchère appartenant au domaine des images ? En posant cette question, et en retraçant l’arc courant des premières explosions suicides à la fin du XIXe siècle, jusqu’aux attentats meurtriers de Paris, en passant par les kamikazes japonais ou les auteurs de la destruction du World Trade Center, à New York, le 11 septembre 2001, c’est toute l’histoire du flash visuel provoqué par la détonation des bombes portées, ou conduites, par les terroristes de l’absolu qui se trouve rejouée. Une histoire qui rejoindrait celle des spectateurs des médias de la post modernité, ne quittant leur apathie organisée qu’au moment où un show plus violent que les autres finit par leur rappeler que, quelque part, le réel les attend.

 

20h.
Magie et Philosophie : raisonnement et rationalité
Alain Poussard, philosophe

Entre philosophie et prestidigitation, il est temps de rompre la glace de la méconnaissance mutuelle, de la défiance et du malentendu. C’est qu’entre ces deux-là, les choses se sont mal engagées dès le départ : quand avec Platon le « faiseur de prestiges » fait son entrée sur la scène philosophique, s’est affublé du masque du sophiste, cet « illusionniste dans le champ du logos ». Il n’est pas étonnant que son éviction soit aussitôt prononcée, avec fracas. Victime collatérale d’une rivalité de prétentions qui n’est pas son affaire, le prestidigitateur en conserve les stigmates. Il est toujours un peu l’usurpateur, l’imposteur de service, l’autre de la pensée, le double menaçant de la philosophie.

 

Samedi 5 novembre

VILLA ARSON

14h.
GSM : Mobilisation Totale

Maurizio Ferraris, philosophe

Je ne crois pas que la technique soit l’aliénation d’une humanité par ailleurs parfaite. Elle est la révélation d’une humanité hautement imparfaite, d’un singe non seulement nu, mais aussi imbécile au sens étymologique : in- baculum, dépourvu de bâton, et qui a nécessairement besoin d’un prolongement de la main, d’un supplément technique, et en ce sens le bâton absolu de nos jours s’appelle « smartphone ». Ce bâton agit de plusieurs façons. Par responsabilisation : tu as reçu mon message, je sais que tu l’as reçu (surtout si tu utilises whatsapp), tout est enregistré, il faut que tu me répondes, autrement c’est comme si tu détournais ton regard du visage de l’autre. Par rétorsion : si tu ne me réponds pas, la prochaine fois que tu m’appelles je ne répondrai pas. Par menace : si tu ne me réponds pas, il y a de dizaines (centaines, milliers) d’autres qui le feront à ta place. La base de l’efficacité c’est l’enregistrement : autrefois, à l’époque du fixe, les appels téléphoniques ne lassaient pas de trace : je n’étais pas là, je n’ai pas entendu. Maintenant c’est différent : tout appel laisse trace, et beaucoup d’entre eux sont écrits – pas de justification possible, on est coupables. Est- ce la faute du web ? Non. Le web n’a jamais fait des promesses, ce sont les humains qui se sont fait des illusions. Et on ne badine pas avec le web, autant qu’on ne badine pas avec le feu ou avec les automobiles. Seulement, avec le feu et avec les automobiles on a plus d’expérience, on a crée les pompiers et le code automobile. Rien de cela, ou très peu pour le web, à présent. Et c’est bien ce qu’il faudrait créer avec urgence : une raison pratique pour le web.

 

15h.
Le super héros icône de l’idéal des sociétés démocratiques
Françoise Gaillard, historienne des idées

Depuis sa popularisation par les comics books américains au début des années trente, le super héros fait partie de l’imaginaire collectif. Doté de pouvoirs surhumains qu’il doit généralement à sa naissance extraordinaire, et reconnaissable à sa tenue qui échappe à tous les codes vestimentaires ordinaires, il vient rétablir l’ordre du monde menacé, ou momentanément détruit, par les forces du mal et restaurer ainsi l’harmonie perdue.

Car le super héros est le garant de la justice et le vecteur de la morale dans un monde manichéen où les grands principes sur lesquels la société a établi ses valeurs sont sans cesse bafoués.
Aussi les questions éthiques sont-elles toujours présentes dans ces fables morales. Mais ce que répare dans la fiction le super héros, c’est précisément ce qui ne peut l’être dans la réalité. Et c’est ce qui fait de lui une figure mythique. Claude Lévi-Strauss n’a-t-il pas défini le mythe comme un récit servant à concilier les contradictions entre les croyances d’une société et les réalités auxquelles elle est quotidiennement confrontée, contradictions qui sans cette conciliation menaceraient toute son organisation sociale d’éclatement ? Nos sociétés contemporaines elles aussi vivent dans une perpétuelle contradiction entre les valeurs qu’elles professent et l’expérience constante qu’elles font de leur non respect. Aussi se sont-elles inventé le super héros dont la fonction est de concilier l’inconciliable, le temps du moins d’une fable !

 

 

16h.
Le tube : et si, au lieu de chercher à l’expliquer, on se demandait qu’apprendre de lui ?
Antoine Hennion, sociologue

Il y a un paradoxe quasi ontologique dans le tube. Le mot même qui le désigne suggère cela : qu’est-ce donc qu’un objet qui ne se définit que par son succès ! Réciproquement, cela explique sans doute en partie la pauvreté des analyses qu’il suscite, prises dans ce piège : ou bien le réduire à quelques ficelles (souvent en mêlant de façon trouble rejet de l’argent et mépris du populaire : savonnette, matraquage, procédés faciles, etc.) ; ou bien se complaire dans le constat tautologique, c’est la magie du succès, le don mystérieux de quelques producteurs.

Comme souvent face à des dualismes stériles, il faut délaisser les réponses toutes faites (ou les non-réponses de principe), et prendre des chemins de traverse. Je vais en proposer un, à partir d’exemples tirés de toutes sortes de musique : cerner peu à peu ce qui caractérise le tube par opposition à d’autres formes de réussite. En somme, le définir progressivement par ce qu’il n’est pas : puisque rien de positif ne permet de le saisir, l’effeuiller pour dégager ce qui le différencie par la négative – il faut toujours prendre au sérieux les poncifs du milieu : « si on savait ce qu’était un tube, tout le monde en ferait… ».

Procéder ainsi permet de faire petit à petit changer de statut à cette absence de raisons, de causes déterminées, de sorte qu’elle ne soit plus un échec ou un renoncement, mais le défi même qu’affrontent les producteurs : non pas mobiliser toutes les ressources, techniques et savoirs disponibles, mais au contraire guetter ce qui leur échappe. Et si, loin d’être le plus fabriqué des objets musicaux, le tube était celui qui ose s’affranchir de tout procédé ou de toute règle pour guetter la fragilité de ce qui survient, de ce qui se sculpte de neuf à partir de matériaux mille fois usés ? À côté de mille échecs, le succès commercial se fait moins scandaleux, s’il vient récompenser l’audace de tout miser sur l’imprévisibilité de l’instant qui passe.

18h.
L’histoire de la magie au cinéma : extrapolation(s) ou références historiques ?
Leslie Villiaume, historienne des sciences

Les études sur les liens entre magie et cinéma abondent. Des trucages de Méliès aux effets spéciaux actuels, la reproduction d’effets magiques pour le grand écran a connu bien des évolutions techniques. Mais la magie n’est pas qu’une suite d’illusions visuelles, c’est aussi une discipline à part entière, un monde qui possède une culture et une histoire propres. Dans cette intervention, nous nous intéresserons à des épisodes de l’histoire de la prestidigitation qui ont été mis en scène au cinéma. À travers plusieurs extraits de films, nous essayerons de démêler « le vrai du faux », de voir quels sont les événements avérés ou plausibles et ceux qui ont été fantasmés ou extrapolés par les scénaristes. Les films autour de la prestidigitation sont nombreux (le plus récent étant peut-être Insaisissables 2, sorti cet été sur nos écrans). Nous nous appuierons sur trois d’entre eux : L’illusionniste de Neil Burger (2007), Hugo Cabret de Martin Scorsese (2011) et Magic in the moonlight de Woody Allen (2014). Nous essaierons de montrer que le personnage d’Einsenheim dans L’illusionniste est un mélange entre le prestidigitateur Robert-Houdin et le fantasmagore Robertson. Nous verrons également comment Scorsese aborde les automates et le cinéma dans une savante et intelligente mise en abîme adaptée d’un roman graphique de Brian Selznick. Enfin, nous découvrirons les rebondissements de la chasse aux spirites pendant la Belle Époque, brillamment repris par Woody Allen dans son Magic in the moonlight. Nous mettrons ces extraits de films en regard avec des sources historiques peu connues du grand public.

 

INFOS PRATIQUES

 

ACCÈS (GRATUIT) SUR RÉSERVATION À : reservation@villa-arson.org
Svp, en précisant vos nom et prénom, si vous souhaitez participer le 4 et/ou le 5 novembre, et le nombre de participants.

VILLA ARSON

20 avenue Stephen Liégeard – Nice Tram : arrêt Le Ray

TNN – Théâtre National de Nice

Promenade des Arts – Nice Tram : arrêt Place Garibaldi et Cathédrale Vieille Ville WWW.VILLA-ARSON.ORG