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SAISON VIII

MARSEILLE

DU 17 AU 22 OCTOBRE 2016


Lieux

 

Théâtre National de la Criée
Opéra de Marseille
Théâtre de l’Odéon / Canebière
Centre International de Poésie
Chapelle de la Vieille Charité
BMVR Alcazar
FRAC PACA
Vidéodrome 2

 


 

Programme

 

Lundi 17 octobre
THEATRE NATIONAL DE LA CRIEE


19h. Magie et Philosophie : un défi à notre intelligence                                        
Conférence inaugurale d’Alain Poussard, philosophe.

20h. Protéger l’invisible
Guilhem Julia, Professeur à l’Université Paris XIII et chercheur à I ‘Institut de Recherches en Droit des Affaires, suivi d’un échange avec Olivier Raynaud, avocat au Barreau de Marseille.

Issue du spectacle vivant, l’œuvre de magie est une création mystérieuse qui ne ressemble à aucune autre. Cette création comprend deux parties : une visible et une invisible. La première réside dans ce que le magicien montre à son public et qui revêt l’apparence de l’impossible ; par exemple un poisson rouge vivant qui surgit des plis d’un billet de banque.

La seconde partie – invisible – se situe dans ce que le public ne doit pas voir et qui permet au magicien d’arriver à ses fins ; ce sont les procédés secrets – parfois très sophistiqués – que le magicien met en œuvre à l’insu des spectateurs. Cette dualité visible / invisible offre un défi stimulant pour l’homme de droit.

Comment accueillir juridiquement une création qui offre à la fois un aspect apparent et un aspect dissimulé ? Est-il nécessaire de légiférer pour un objet juridique qui ne ressemble à aucun autre ? Quid du secret du magicien ? Constitue-t-il un secret professionnel à d’autres secrets réglementés ?

Ces questionnements se révèlent essentiels tant les créations des magiciens sont aujourd’hui menacées. Les atteintes proviennent de la communauté des magiciens où des « vols » de créations ont lieu entre confrères ; elles existent également en dehors de cette communauté, à l’heure où Internet permet une diffusion sans précédent des révélations des secrets des magiciens contre leur gré.

Tarif réduit : 7 €
Tarif plein : 12 €

Mardi 18 octobre

FRAC PACA

18h. Le spectacle de magie : Résonnances et rémanences au tournant du XIXe siècle
Frédéric Tabet, Université Toulouse 2, Laboratoire LARA-SEPPIA (EA 4154).

À la fin du XIXe siècle, un changement radical marque le monde du spectacle. Les artistes doivent composer avec de nouveaux espaces (le music-hall importé d’Angleterre, les casinos) et des applications techniques parfois encore inédites pour le spectateur (l’animation d’images, l’éclairement électrique). Les prestidigitateurs vont rapidement tirer parti de ces mutations et présenter des formes de spectacle innovantes (comme les numéros de manipulation). De même ils inventent des effets saisissants et appliquent les nouveaux outils à leurs anciens tours pour en alléger les procédures.

Toutes ces évolutions mèneront les critiques à rénover leur discours sur cette forme spectaculaire. Or, plutôt que de concevoir une « révolution » ou une rupture, nous explorerons les principes magiques mis en œuvre. Quels guides les magiciens suivent-ils pour créer leurs nouveaux effets  ? Comment « l’écriture magique » a-t-elle évolué ? Nous proposerons ainsi une modélisation de ces glissements qui peuvent s’appliquer aux formes de la magie contemporaine. Parcourir les champs du spectacle magique, permets d’en réaliser une cartographie et d’en esquisser les raisons de sa popularité toujours renouvelée.

Gratuit

CIPM, CENTRE INTERNATIONAL DE POESIE MARSEILLE

19h30. Magie et machinerie au théâtre : un lien d’absolue sujétion ?
Lise Jankovic, docteur de l’université de Paris 3 – Sorbonne Nouvelle (CREC), spécialiste des mondes du spectacle.

À la lumière de l’histoire du théâtre espagnol et plus précisément de ses moyens scéniques, la fusion entre le merveilleux et la technicité, entre l’impalpable et le sensible, entre l’irréel inexpliqué et les machines sophistiquées, apparaît comme un principe de création artistique très ancien. Les gâteaux de nuages, les brigandins, les rideaux de scène, les trappes et trapillons, les rochers transformables, les montagnes praticables sur différents degrés scéniques, les jardins fantastiques, les décors à volets et bien d’autres machines appartiennent à une praxis de la concrétisation scénique du surnaturel qui laisse entrevoir un lien intrinsèque et fonctionnel entre l’immatériel et le matériel. Nous tâcherons d’apporter quelques éléments de réponse à la question de savoir si cette approche théâtrale de la magie est partagée par les praticiens de l’Illusionnisme.

Tarif Unique : 7 €

Mercredi 19 octobre

BMVR ALCAZAR

14h30. Magic Pop Sciences

Voyons-nous vraiment le monde ?
Gérard Berry, Professeur au Collège de France.

Nous avons toujours devant les yeux une belle image du monde, bien stable et partout en couleurs. Mais correspond-elle vraiment à la réalité ? Les neurosciences montrent que non, et que c’est plutôt une image prédictive calculée par notre cerveau. Ce n’est d’ailleurs pas l’image qui arrive au cerveau : la rétine effectue des traitements très sophistiqués qui modifient profondément l’information, envoyant au cerveau une vingtaine de films à basse résolution ne comportant que de petites indications sur l’image, et rien pour les objets immobiles que nous ne voyons que grâce à nos incessantes saccades oculaires. De plus, notre cône visuel réel est très étroit et dirigé par le mécanisme de l’attention, particulièrement sélectif. On peut donc supposer que nos amis magiciens savent nous faire ignorer ce qui se passe réellement en profitant de la directivité du mécanisme attentionnel et de notre incapacité à comprendre spontanément que nous ne voyons finalement beaucoup moins bien que nous le croyons. Nous montrerons des exemples précis de tous ces points, et serons très impatients d’entendre l’avis de nos amis magiciens sur tout cela !

15h30. Magie et Psychologie: quand nos perceptions nous jouent des tours
Pascal Morchain, enseignant-Chercheur en Psychologie sociale à l’Université Rennes II

Dès la fin du XIXème siècle, à l’aube de la psychologie scientifique, les psychologues se sont rapprochés des illusionnistes pour mieux comprendre la perception humaine. De fait, les magiciens sont en quelque sorte des psychologues intuitifs, en ce sens que pour créer l’illusion, et ce depuis « toujours », ils jouent avec nos perceptions, ils s’appuient sur nos croyances, nos habitudes, notre fonctionnement psychosocial. C’est que nous ne percevons pas le monde tel qu’il est ou serait, mais nous le percevons grâce à toute une série de filtres socio-cognitifs qui échappent à notre conscience. Notre perception n’est donc pas immédiate, comme on pourrait le croire de prime abord … Eh non, notre œil n’est pas une caméra, ni notre oreille un magnétophone … Quels sont donc les mécanismes psychosociaux qui nous amènent à percevoir ce qui n’est pas, ou à ne pas percevoir ce qui est ? Cette intervention suivra deux grands axes. D’une part elle présentera des études de laboratoire issues de la psychologie cognitive, en particulier dans le champ de l’attention. D’autre part elle se situera dans le champ de la psychologie sociale, développera quelques hypothèses dont certaines sont actuellement mises à l’épreuve, et présentera les résultats de quelques études menées à l’Université de Rennes II. Nous terminerons par quelques « tours » permettant d’illustrer ce qui a été dit.

Jeudi 20 octobre

VIDEODROME 2

18h. Comment présenter la magie à la télévision ? Rencontre avec Gérard Kunian.
Frédéric Tabet, Université Toulouse 2, Laboratoire LARA-SEPPIA (EA 4154) suivi d’un échange avec Gérard Kunian, homme de télévision qui a notamment participé à la création des émissions de Gérard Majax entre 1977 et 1981.

Les illusionnistes sont intervenus très tôt à la télévision, le plus souvent ils présentent de courts numéros, mais de plus rares émissions leur consacrent un temps d’antenne plus important. Dans les années 1970, des émissions spécifiquement conçues par des magiciens apparaissent : Jacques Delord encadre Les Ateliers du Magicien (1975-1979) ; Dominique Webb propose Les Magiciens (1976-1980) une émission de variétés à une heure de grande écoute et Gérard Majax présente Passe-passe, puis Y a un truc, La Caverne l’Abracadabra… ouvrant la voie à de nombreux programmes magiques.

Ces émissions, dédiées à une seule forme de numéro visuel, tissent et prolongent la question que le trucage cinématographique posait déjà au spectacle de magie. Magie/cinéma/télévision, les illusions s’y rencontrent. À mesure que l’écriture télévisuelle évolue, les magiciens devront repenser la présentation de leurs tours… car comment satisfaire les exigences du téléspectateur (le clinquant du clip, l’habillage baroque…) tout en maintenant le dénuement supposé des moyens de l’illusionniste ?

Pour tenter d’apporter une réponse, nous proposerons une traversée de ces différentes émissions. Gérard Kunian, éternel comparse, guidera ce voyage dans le temps, il partagera son expérience d’artiste de scène et ses souvenirs de coulisses.

Gérard Kunian est auteur et artiste polyvalent. Magicien, peintre, chroniqueur, il s’est d’abord intéressé à l’image, à la communication et l’Art Forain. Après des études de psychologie et une formation analytique, il anime des ateliers destinés aux enfants défavorisés. Son hobby, la magie, le pousse à concours aux programmes jeunesse d’Antenne 2 et à faire partie de l’équipe rassemblée par Gérard Majax pour ses émissions. Depuis il a participé à de nombreuses productions audiovisuelles (effets spéciaux, comédie ou magie). Au fil des années, il a chroniqué et croqué le monde des illusionnistes. Il prépare actuellement une exposition d’acryliques et d’aquarelles sur le thème du bizarre.

Frédéric Tabet est magicien, cinéaste et enseignant. Ses recherches portent sur les transferts entre l’art magique et les médias et sur l’archéologie des techniques du merveilleux.

Tarif Unique : 7 €

Vendredi 21 octobre

CHAPELLE DE LA VIEILLE CHARITE

14h30. Le close up, un art de l’humour
Francis Godard, sociologue, ancien Président de l’Université Paris XII Marne-La-Vallée.

La magie est une mystification assumée dans un espace social caractérisé par l’humour. L’acte de magie crée d’emblée un espace de jeu où l’on ne sait pas où l’autre veut en venir. Il lance des pistes mais laquelle suivre ? Comme dans les contes de fée, tout peut arriver, c’est là que réside le plaisir.

Il faut être deux pour accomplir ce moment de charme. La magie est bien une forme d’interaction où les participants sont liés par un pacte d’humour. Le spectateur ne sait jamais s’il doit croire ce que le magicien lui dit et surtout ce qu’il lui montre et il éprouve du plaisir à se laisser prendre. Comme l’humour la magie implique la connivence.

Le magicien ne fait pas rire comme le ferait le bouffon rigolard qui ironise. Le magicien fait plutôt sourire. Comme l’humoriste il est conscient de la précarité ou de l’ambiguïté du sens ou de la perception, conscient donc de la relativité des choses perçues. Il pratique le détachement.

Mais quelle est donc cette personne appelée « magicien » ? Celui qui parle en  montrant quelque chose ; celui qui fait autre chose que ce qu’il dit faire ; celui qui se met à la place du spectateur et qui sait ce qu’il voit ou ce qu’il peut penser ? Il s’agit d’un double « je(u) » de la personnalité et même d’un triple « je(u) ». Le magicien, dans sa pratique, est un être dissocié.

Il pratique une forme de dérision envers un lui-même mais un lui-même dédoublé voire « détriplé » (le soi est ici comme la boule sous les gobelets du bonneteau : où est-il ?) Bref, il pratique une forme de légèreté de l’être.

L’humour joue sur la précarité du sens et la magie sur la précarité des sens et en ce sens, ils se rejoignent.

15h30. Approche philosophique de l’expérience magique
Thibaut Rioult, chercheur à l’ENS ULM et directeur de séminaire au Collège International de Philosophie.

Tout commence avec un simple tour de prestidigitation, d’apparence banale… Abracadabra, un coup de baguette et le monde rationnel bascule. L’intelligence analytique assiste, impuissante, à la réalisation effective de l’impossible.

L’expérience magique est un surgissement, un événement. C’est une contradiction vécue, une dialectique en acte. Le spectateur démuni s’y trouve saisi. Malgré leur incohérence logique, des faits disparates se trouvent unis par l’opération magique.  Pris par l’illusion, le spectateur éprouve un émerveillement, expérience originaire de la philosophie, de l’appréhension et du questionnement du monde. Elle est une fracture de la réalité. Elle nous invite à renouveler notre regard, en ouvrant la double voie de l’imagination réenchanteuse de monde ou du scepticisme radical.

Le spectacle de magie, où l’illusion règne en maître, nous impose alors de réenvisager nos catégories usuelles. Penser l’illusionnisme, c’est d’abord réapprendre à penser.

Gratuit

FOYER DE L’OPERA DE MARSEILLE

19h30. Tours et détours de l’escamoteur dans l’histoire de l’art                                     Pierre Taillefer, conservateur du patrimoine, historien de l’art.

Victime de son habileté, le prestidigitateur est, depuis l’Antiquité, associé à la figure du sophiste voire du voleur : il éveille en effet les craintes non pas par sa capacité à flirter avec le miracle qu’il simule, mais par le fait qu’il pourrait mettre son savoir-faire (dextérité manuelle, détournement d’attention, etc.) au service d’une autre cause que celle du divertissement. Dans les oeuvres d’art depuis la Renaissance et en particulier à partir de la composition célèbre de L’Escamoteur de Jérôme Bosch (Saint-Germain-en-Laye, musée municipal), cette ambivalence a été mise en image par les artistes.
Cette conférence, en présentant la riche iconographie des bateleurs en Europe aux Temps modernes, abordera le répertoire et la réception de ces artistes en quête de légitimité artistique au fil des siècles. Une attention particulière sera accordée au détournement de la figure de l’escamoteur dans d’autres contextes que celui du spectacle, notamment dans la propagande religieuse et la caricature politique.

Cette conférence sera suivie d
u spectacle de Magie Fish Act par Guilhem Julia (3ème prix aux championnats du monde de magie).

L’intervention de Pierre Taillefer fait écho à l’exposition autour de L’Escamoteur de Jérôme Bosch qui se tiendra à Saint-Germain-en-Laye du 16 novembre au 28 décembre 2016.

Tarif réduit : 7 €
Tarif plein : 12 €

Samedi 22 octobre

THEATRE DE L’ODEON

 
14h30. De ce côté-ci du réel
Alain Poussard, philosophe.

Art anti-cinématographique par excellence, soumis de manière superlative à l’interdit bazinien du montage, la prestidigitation travaille le visible en personne, en sa présence continuée. Tout s’y tient « de ce côté-ci du réel ». Comment dès lors l’impossible qui surgit peut-il survivre à sa survenue ? Comment met-il en échec les stratégies de l’intelligence qui, dans l’analyse bergsonienne, voudraient le faire rentrer dans le rang ? S’il n’y a qu’un seul plan, rien ailleurs ni derrière, si seule se donne la pure surface du visible offert dans son entier, c’est que rien ne subvertit le visible que le visible lui-même. Le comprendre, c’est du coup se débarrasser des béquilles habituelles qui bloquent la pensée de ce qu’on voit : le couple infernal du secret bien gardé et du détournement de l’attention.

15h30. L’Expérience de l’Impossible
Stefan Alzaris, philosophe.

L’artiste magicien n’est-il pas, tel un philosophe socratique, un créateur d’étonnants paradoxes et d’apories fécondes ? Non seulement il met en œuvre une pensée interrogative qui vise à réintroduire de l’ambiguïté dans les choses, mais de surcroît il nous offre à vivre une expérience de l’impossible qui se révèle être une véritable initiation au sens de l’existence. L’art de la magie est un art philosophique, à la fois phénoménologique et existentiel.
L’artiste magicien orchestre une mise en crise de la représentation, qui nous conduit de la déprise du sujet à la surprise du réel. Itinéraire expérientiel qui nous invite à passer d’une conscience objectivante à une présence ouverte à l’impossible. Ce qui est en jeu dans l’art de la magie, ce n’est pas un « truc » sur lequel il faudrait mettre la main, mais c’est la possibilité d’exister autrement, de se laisser transformer par la magie à l’œuvre – d’exister à l’impossible !
Exister à l’impossible, c’est exister l’instant créateur qu’est l’irruption de la magie, c’est co-naître à ce mouvement de l’apparaître qu’est la vie-création. C’est tout uniment danser la vie et vivre la magie de l’existence !

16h30. Quand la mnémotechnie manipule votre cerveau
Benoît Rosemont, magie, expert en mnémotechnie.

Mis en avant il y a 2500 ans par le poète Simonide de Céos, l’Art de la mémoire a rapidement été codifié et enseigné dans les écoles de droit grecques. La méthode des lieux s’est rapidement imposée comme la méthode fondamentale des mnémotechniciens, celle-ci reposant sur la visualisation volontaire de « peintures mentales » destinées à marquer la mémoire par des images frappant l’esprit. L’accent fut rapidement porté sur l’importance de la création de ces images dans le processus mnémotechnique, et le développement de celles-ci au Moyen-Age, insérées dans une démarche ésotérique de transmission des valeurs, en ont fait le support d’une certaine forme de manipulation mentale de la mémoire, en tant qu’agent agissant sur celle-ci. Largement oubliés aujourd’hui, l’apparition de l’imprimerie d’abord puis du support informatique ayant relégué l’Art de la mémoire au rang d’amusement étudiant, les principes mnémotechniques restent toutefois efficaces et peuvent toujours venir en soutien de notre propre mémoire. Utilisé à dessein, ceux-ci peuvent également faciliter la mémorisation par autrui, parfois à leur dépens, voire implanter de faux-souvenir dans la mémoire des autres, ces techniques étant largement utilisées par les illusionnistes qui manipulent ainsi les souvenirs de leurs spectateurs.

17h30. L’histoire de la magie au cinéma : extrapolation(s) ou références historiques ?
Leslie Villiaume, chercheuse en histoire des sciences à l’Institut d’Histoire Moderne et Contemporaine.

Les études sur les liens entre magie et cinéma abondent. Des trucages de Méliès aux effets spéciaux actuels, la reproduction d’effets magiques pour le grand écran a connu bien des évolutions techniques. Mais la magie n’est pas qu’une suite d’illusions visuelles, c’est aussi une discipline à part entière, un monde qui possède une culture et une histoire propres. Dans cette intervention, nous nous intéresserons à des épisodes de l’histoire de la prestidigitation qui ont été mis en scène au cinéma. À travers plusieurs extraits de films, nous essayerons de démêler « le vrai du faux », de voir quels sont les évènements avérés ou plausibles et ceux qui ont été fantasmés ou extrapolés par les scénaristes. Les films autour de la prestidigitation sont nombreux (le plus récent étant peut-être Insaisissables 2, sorti cet été sur nos écrans). Nous nous appuierons sur trois d’entre eux : L’illusionniste de Neil Burger (2007), Hugo Cabret de Martin Scorsese (2011) et Magic in the moonlight de Woody Allen (2014). Nous essaierons de montrer que le personnage d’Einsenheim dans L’illusionniste est un mélange entre le prestidigitateur Robert-Houdin et le fantasmagore Robertson. Nous verrons également comment Scorsese aborde les automates et le cinéma dans une savante et intelligente mise en abîme adaptée d’un roman graphique de Brian Selznick. Enfin, nous découvrirons les rebondissements de la chasse aux spirites pendant la Belle Époque, brillamment repris par Woody Allen dans son Magic in the moonlight. Nous mettrons ces extraits de films en regard avec des sources historiques peu connues du grand public.

Tarif réduit : 7 €
Tarif plein : 12 €

20h30. Spectacle de magie.
Avec Alain De Moyencourt, célèbre inventeur de tours et professeur de bêtises et Benoit Rosemont, expert en mnémotechnie.

Tarif réduit : 7 €
Tarif plein : 12 €

 

Magie et Philosophie  : la magie, un défi à notre intelligence

Entre philosophie et prestidigitation, il est temps de rompre la glace de la méconnaissance mutuelle, de la défiance et du malentendu. C’est qu’entre ces deux-là, les choses se sont mal engagées dès le départ : quand avec Platon le « faiseur de prestiges » fait son entrée sur la scène philosophique, c’est comme doublure du sophiste, cet « illusionniste dans le champ du logos ». L’éviction fracassante de l’usurpateur fait du prestidigitateur la victime collatérale d’une rivalité de prétentions qui n’était pas son affaire. Il en conserve les stigmates, il est toujours un peu l’usurpateur, l’imposteur de service, l’autre de la pensée, le double menaçant de la philosophie. Il n’en demandait pas tant ! Il ne demandait rien d’ailleurs, juste qu’on accorde attention à son silence, c’est-à-dire à ses gestes.

Il faut donc commencer par regarder, et tenter, tout simplement, de voir.

Oublier pour un temps la question du « comment fait-il ? » (comme Hitchcock congédiait le « whodunit  »), oublier aussi les boîtes à secret compliquées, l’éclairage tonitruant et la musique criarde. Oublier l’assistante aguichante et autres paillettes, pour concentrer le regard sur les mains seulement, les mains nues des grands maîtres qui travaillent sans bagage ni appareils. Voyez les mains fines de Kaps, d’Ascanio ou de Slydini, leur chorégraphie veloutée. Les paluches de Brother Hamman, reposant sagement au bord de la table. Regardez ces mains, comme elles respirent l’intelligence. Ne voyez-vous pas qu’elles pensent ?

La prestidigitation est un art du visible brut et sans redoublement. Il n’y a pas ici à viser un ailleurs, imaginé ou imaginaire, une « autre scène » dont cette scène-ci serait le prétexte. Tout s’y tient « de ce côté-ci du réel », dans le temps littéral de l’attraction pure. Mais à la fois, pas d’acrobatie ni d’exhibition de l’exploit. Dans son régime le plus anodin, le réel soudain bascule sans retour et se met en contradiction avec lui-même. Il faut prendre la mesure du choc dont témoignent les deux ou trois secondes d’un silence stupéfait, souffle coupé. Il faut élucider ce punctum, cet affect saisissant / dessaisissant, ce vertige où la vigilance la plus tendue cède la place à l’abandon. Comme il faut sonder ce désir de résister à l’illusion, désir paradoxal s’il est vrai que c’est son échec qui le comble, et au centuple.

Préservé des lourdeurs de tous les « vouloir dire », le spectaculaire est alors restitué à sa quintessence. Superficialité ? Inconsistance ? Le temps est passé où il fallait tenir le spectaculaire en suspicion, où il était entendu que la stupeur devait rendre stupide et bloquer la machine à penser. Reddition de l’intelligence ? Mais pourquoi cette défaite ne serait-elle pas aussi un défi pour la pensée ? Et pourquoi pas une fête ?

Ce n’est pas à l’intelligence analytique qu’il faut en appeler, prompte à décomposer, à « remonter » et finalement à supposer on ne sait quel arrière-plan caché. Sans doute les prestidigitateurs sont-ils les premiers à flatter cette intelligence en panique qui s’emploie à construire ses propres pièges et fait mine de croire aux portes de sortie qu’elle s’invente. Comme le magicien Rezvani qui s’abstient de donner le démenti à Louis de Broglie, de l’Académie des sciences et prix Nobel de physique, quand celui-ci lui demande d’un air entendu: « vous émettez sur ondes courtes, n’est-ce pas ? » – Il s’agissait en réalité  d’un tour de main d’une simplicité confondante. Il faut plutôt, comme Rouletabille, trouver « le bon bout de la raison », celui qui saura voir ce qu’il y a à dire et à comprendre. Non pour tout expliquer (car tel n’est pas le propos, et à ce jeu l’intelligence « profane » sera toujours perdante), mais pour seulement scruter ce qui se joue là, à la surface des choses et des gestes. Une autre tournure de l’intelligence, qui reste à inventer. Un autre tour de pensée.

Alain Poussard,
Philosophe


Réservations & Informations

04 91 90 08 55
rencontresplacepublique@yahoo.fr

Réservations pour la soirée du lundi 17 Octobre, téléphoner au Théâtre National de la Criée au 04 91 54 70 54 du mardi au samedi de 12h à 18h.

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