Bruxelles 2014

 Lundi 6 octobre

GALERIES Cinéma

19h00 – PHILOSOPHIE DES SITES DE RENCONTRES
Rencontre avec Marc Parmentier (philosophe), Pascal Lardellier (chercheur en sciences de l’information), Fred Pailler (sociologue) et Laurent Raphaël (journaliste, modérateur).

Les sites de rencontres sur internet, dont la fréquentation s’élargit et se banalise, ont jusqu’à présent suscité l’intérêt des sociologues mais n’ont pas encore fait l’objet d’une analyse philosophique, à la différence d’autres univers virtuels. Un site de rencontres ne se présente pas comme un univers virtuel mais au contraire comme un outil de communication très efficace, dont le marketing vante et même quantifie les performances bien réelles. Pourtant l’inscription à tel site se fait par le biais d’un « pseudo », les échanges s’initient donc toujours par une phase virtuelle; bon nombre n’aboutissent pas à une rencontre physique. Pourtant le caractère virtuel de la communication n’affecte en rien l’intensité des affects très contrastés qu’elle suscite. Ce paradoxe constitue le fil conducteur de l’analyse. Quel est le ressort des affects réels générés par des interactions virtuelles sur un site de rencontre?
L’objectif est d’analyser la phase virtuelle des interactions sur les sites de rencontres, et de le faire grâce aux analyses des philosophes classiques, apparaissant en particulier dans les Traités des passions. […]

Marc Parmentier

Entrée : Tarif plein : 8,50 € / Tarif réduit : 6,50 €
+32 (0)2 514 74 98 – contact@galeries.be

_________________________________________

Mardi 7 octobre

GALERIES Cinéma

19h00 – LA FIN DU FILM, LA FIN DU MONDE
Intervention de Peter Szendy (philosophe, musicologue)

La fin du film, c’est la fin du monde.
La fin du monde, c’est la fin du film.
On tentera de sonder cette double équivalence, qui fait la loi du genre apocalyptique, dans toutes ses résonances et toutes ses conséquences.
Un film est un monde, qui commence et qui finit, qui s’ouvre et qui se clôt : voilà ce que l’on se dit souvent et spontanément, sans trop y réfléchir, en allant au cinéma ou en sortant d’une séance. Ce qu’on a peut-être plus de mal à penser, c’est que le monde est un film ou, comme disait Deleuze, que l’univers est « un métacinéma ».
De cette double fin — du monde et du film, du monde comme du film —, on commencera par décrire les figures : le compte à rebours, l’aveuglement, la radiation et l’irradiation, le gel, la fêlure ou la déchirure…

 Peter Szendy

Entrée payante : Tarif plein : 8,50 € / Tarif réduit : 6,50 €
+32 (0)2 514 74 98 – contact@galeries.be


Les Brigittines

21h00 – FAUT-IL CROIRE LES SUPER-HÉROS ?
Corps spectaculaires, crises d’identités et fantasmes du singulier

Rencontre avec Dick Tomasovic (philosophe) et un modérateur

En 2013, Superman fêtait ses 75 ans d’aventures. En 2014, c’est au tour de la compagnie Marvel de célébrer ses 75 ans d’existence. Les super-héros sont vieux, mais aucunement fatigués. Les maisons d’édition DC Comics et Marvel publient toujours avec succès les fameux comics superhéroiques tandis que l’industrie hollywoodienne s’est emparée des personnages iconiques américains pour proposer des blockbusters en série. Loin des emblèmes de l’impérialisme américains qu’ils incarnèrent à une époque, Spiderman, Batman, Superman ou même Captain America sont des personnages aujourd’hui totalement intégrés à la culture populaire mondialisée. Leurs superpouvoirs participent d’une rêverie sur notre rapport à la matière, au monde physique, au champ relationnel, à notre place dans le monde, à notre volonté d’être différent en étant doté de capacités nouvelles, rares et précieuses. Mais il est aussi le lieu du doute, de la perte de repères et du manque de confiance. Joies et peurs du singulier… Ainsi, la question de la croyance en son propre potentiel et la redéfinition perpétuelle de sa propre identité sont au cœur de ces récits superhéroïques qui tentent de nous réconcilier avec la maladresse de notre condition humaine.

Dick Tomasovic

Entrée : Tarif : 5€
+32 (0)2 213 86 10  – info@brigittines.bewww.brigittines.be

 

_________________________________________

Mercredi 8 octobre

14h00

Muséum des Sciences naturelles

L’ORIGINE DU CHIEN
Rencontre avec Mietje Germonpré (chercheur à l’Institut royal des sciences naturelles de Belgique)

Notre groupe a récemment démontré l’ancienneté de la domestication du loup, sur base d’analyses morphométriques détaillés. Des études morphologiques et génétiques ont ainsi démontré que le seul ancêtre du chien est le loup. Le chien est donc le premier animal domestiqué avec des origines clairement antérieure aux débuts de l’agriculture. Jusqu’il y a peu, la plupart des archéologues admettaient que l’origine du chien remonte juste avant la fin de l’Age Glaciaire, il ya environ 14.000 ans. Des études morphologiques comparatives de crânes de grands canidés datant du milieu de l’Age Glaciaire, avec des crânes fossiles et récents de chiens et loups ont révélé que plusieurs de ces crânes de canidés sont différents des crânes de loups sauvages; ils ont été décrits comme chiens paléolithiques. Par rapport aux loups, ces spécimens sont caractérisé par des crânes relativement courts avec des museaux courts, et le palais large. Le plus ancien crâne d’un chien Paléolithique a été trouvé dans la grotte de Goyet, en Belgique, et est âgé de près de 32000 ans. Ceci démontre que les chasseurs-cueilleurs préhistoriques de l’Age Glaciaire ont commencé à interférer avec l’élevage de loups beaucoup plus tôt qu’accepté jusqu’ici. En ce qui concerne l’origine géographique du chien, des études récentes ont mis en lumière que les chiens provenaient d’une population européenne de loups qui a disparu au cours de l’Age Glaciaire.

 Mietje Germonpré

 

PET PHILOSOPHY – PET SCANNING
Rencontre avec Vinciane Despret (philosophe)

La frontière entre les animaux humains et les animaux non humains, dit-on aujourd’hui, subit des modifications assez remarquables.  Les vieilles rengaines de l’exceptionnalisme humain semblent donc, enfin, perdre de leur puissance mobilisatrice ou fascinatoire. Ces changements ont des répercussions perceptibles sur les relations avec les animaux familiers. Mais, pourrait-on également suggérer, les animaux familiers auraient peut-être activement contribué à ces transformations qui touchent une bonne part des espèces, ils auraient en quelque sorte joué le rôle de médiateurs, de facilitateurs ou encore d’êtres transitionnels. Les « pet », bénéficiaires ou inducteurs de ces modifications de statut et de cette « personnification » croissante des animaux non-humains ? La question autorise sans conteste les deux hypothèses : elle l’autorise d’autant plus si l’on observe comment les chats, les chiens ou les perroquets mobilisés par les pratiques expérimentales, ne cessent de passer d’un registre à l’autre et comment ils explorent, avec leurs chercheurs humains, une multiplicité étonnante d’identités « personnelles » inédites.

Vinciane Despret

Entrée : Tarif unique : 5€ – Vente sur place

Réservations : contact@lesrencontresplacepublique.fr

_________________________________________

Jeudi 9 octobre

Palais des Académies – Salle du Trône

17h00 – LA ROUSSEUR INFAMANTE
Rencontre avec Valérie André (professeur de littérature)

« Si le groupe se sent en état d’altérité par rapport à l’un de ses membres, il en fait sa victime. » (Jacques Laurent)

Les personnes rousses savent combien cette remarque est judicieuse. Depuis l’Antiquité, en effet, l’imaginaire collectif a associé la couleur rousse à la sexualité et au mal. Du Dieu Seth des Égyptiens, dieu de la concupiscence dévastatrice, au traître Judas, au diable lui-même (le langage populaire ne le surnomme-t-il pas l’homme ou le prince roux?) à ses suppôts terrestres, sorcières et autres êtres malfaisants, la rousseur symbolise l’impureté malsaine, la sensualité lascive, la liaison intime avec les puissances diaboliques. S’il fait peur, le roux – et davantage encore sans doute la femme rousse – fascine et intrigue, constitue un réservoir inépuisable de fantasmes. L’ouvrage Réflexions sur la question rousse, que j’ai publié chez Tallandier en 2007, se veut une enquête au cœur même du préjugé, sorte d’archéologie de l’idée reçue. Les résultats sont surprenants et transcendent l’apparente futilité de la thématique. La multiplication rapide des réseaux sociaux et le succès des blogs a ravivé une discrimination qui, il y a peu, semblait définitivement s’estomper. Nous assistons aujourd’hui à un retour transfiguré du préjugé, dont s’emparent la presse et le cinéma. Le délit de rousseur est pointé du doigt, impunément, échappant à la censure vigilante du politiquement correct…

Valérie André

Entrée libre

Réservations : contact@lesrencontresplacepublique.fr

 

Passa Porta – Maison internationale des littératures

19h00 – LA SERIE, L’AMOUR, LA MORT
Six Feet Under
Rencontre avec Tristan Garcia (philosophe), suivie d’un échange avec Laurent de Sutter (écrivain)

Toute série rend la mort désirable, et la repousse pourtant le plus longtemps possible. Sans arrêt, elle nous promet une fin. Ce faisant, elle s’expose au risque de l’inachèvement. Certes, un roman ou un film peuvent être abandonnés en cours de lecture ou de visionnage ; mais une série se livre à la possibilité de l’interruption dans sa conception, dans sa diffusion, dans son existence et dans son sens. C’est sans doute cette fragilité qui fonde notre empathie non pas seulement pour les personnages d’une série, mais pour la série elle-même comme si elle était une personne qu’on rencontrerait et qui nous accompagnerait jour après jour. C’est ce qui explique une forme de relation amoureuse à la série, chérie dans sa mortalité même. Relançant sans cesse une promesse de fin, la série soit s’achève, soit lasse, soit disparaît par accident et nous laisse inconsolés.

Toute série est une promesse amoureuse de fin et d’infini mêlés, qui produit chez le spectateur l’espoir que ça ne s’arrête pas et le désir que ça finisse. Et toute grande série est une entreprise de séduction qui ne tient qu’à ces questions : qui partira le premier ? Et : est-ce que ça s’arrêtera avant la fin ?

Nous montrerons donc comment Six Feet Under, série sur des entrepreneurs de pompes funèbres dont la mort est le métier, n’a cessé de réfléchir à son propre terme et l’a parfaitement accompli. Raison pour laquelle elle aura incarné la série par excellence, la série consciente d’être mortelle et qui rend son spectateur désespérément fini.

Tristan Garcia

Entrée : Tarif plein : 7€ / Tarif réduit : 5€
+32 (0)2 226 04 54 – info@passaporta.be –  www.passaporta.be

 

_________________________________________

Vendredi 10 octobre

Maison de la Francité

18h00 – SMS, LANGAGE ET CONVERGENCE NUMÉRIQUE
Rencontre avec Cédrick Fairon (linguiste et professeur à l’UCL)

Parmi les phénomènes marquants du dernier changement de siècle, on retiendra certainement le succès fulgurant du téléphone portable et avec lui la popularisation de l’écrit comme mode de communication informel.  En quelques années, la communication par SMS a crû de manière vertigineuse et de nouvelles pratiques se sont développées sous le nom générique de « langage SMS ». Mais, autant le rappeler tout de suite, le « langage SMS » n’est pas un langage. C’est un code écrit que – bien entendu – personne ne « parle »… et rares sont les mots typiquement « SMS » (comme LOL ou MDR) qui ont percolé dans l’usage oral. Il serait donc plus adéquat de parler d’écrit SMS (Cougnon et Fairon 2014). Certains craignent malgré tout que le langage SMS puisse « nuire à la langue française » pendant que d’autres s’inquiètent plus spécifiquement d’un éventuel effet délétère sur la maîtrise de l’orthographe. Rassurons-nous, la montée en puissance de la communication médiatisée par ordinateur (CMO) n’a pas sonné le glas de notre langue (ou nos langues), même si les tendances qui s’en dégagent changent certaines de nos pratiques sociales. Nous défendrons cette idée en faisant appel aux résultats de différentes études psycholinguistiques.

Si le « langage SMS » ne cesse de faire parler de lui, c’est surtout parce qu’il bouscule les conventions et autorise toutes les libertés par rapport à la norme (tant que l’on reste intelligible pour le destinataire… une notion somme toute relative et subjective). Les phénomènes à l’œuvre (abréviations, siglaisons, rébus, etc.) ne sont pas nouveaux, mais leur concentration dans un même message est plus originale. Soulignons cependant que tout SMS n’est pas nécessairement écrit en « langage SMS » et que l’usage « standard » reste très fréquent, ce que l’on oublie souvent. C’est aussi l’option prise par le journaliste Nicolas Buytaers (2014) qui vient de publier un roman épistolaire en SMS… dans une écriture tout à fait standard.

Quand la communication par SMS s’est popularisée au début des années 2000, elle se démarquait des autres outils de CMO (courriel, messagerie instantanée, forum, etc.) par des traits bien identifiés : communication quasi synchrone, petit clavier, taille des messages limitée, ubiquité, etc. En quinze ans, de nombreux autres outils sont apparus (Facebook, Instagram, Twitter, What’s App, Viber, Skype) et les technologies ont largement évolué tant du côté des téléphones que des réseaux de télécommunication. Aujourd’hui, à l’heure de la « convergence numérique » (le regroupement de différents outils et fonctionnalités sur un seul appareil opérant sur un nombre restreint de canaux) la communication passe souvent par plusieurs applications et peut même migrer de l’une à l’autre en cours de route : on peut quitter un système de messagerie instantanée (chat) pour terminer la conversation sur Skype, répondre à un courriel par SMS, etc. Les frontières entre applications ont tendance à s’effacer, entrainant parfois une certaine confusion entre pratiques et conventions autrefois associées à des genres bien précis. Nous examinerons l’impact de ces changements sur les pratiques langagières.

Cédrick Fairon

Entrée libre

Réservations : contact@lesrencontresplacepublique.fr

 

Le Paris

22h00 – POÉTIQUE DU STRIPTEASE
Rencontre avec Laurent de Sutter (écrivain)

Dans un passage classique des « Mythologies », Roland Barthes avait proposé la définition suivante : le striptease, c’est « désexualiser la femme dans le moment même où on la dénude ». C’est-à-dire que le striptease serait un exorcisme : l’exorcisme de la sexualité par le mouvement même de son apparition – son évacuation soudaine par le fait que le sexe finisse par s’y donner dans toute sa béance visible. Mais se pourrait-il que Barthes ait eu tort ? Se pourrait-il que le striptease ait bien pour effet de réaliser ce qu’il promet – à savoir de tout montrer, et de, parce qu’il s’agit de tout montrer, faire vivre un moment sexuel à ses spectateurs ? Se pourrait-il que le striptease soit bien, en dernière instance, un acte sexuel sui generis ? Si c’était le cas, alors tous les discours portant sur l’érotisme du voilement et la pornographie du dévoilement devraient s’inverser : le voilement deviendrait le moment hypocrite de ce dont la pornographie serait la vérité. Pour vérifier cette hypothèse, toutefois, il faut davantage que des mots ; il faut en faire l’épreuve – c’est-à-dire assister à un striptease en tant que tel ; se faire le témoin de la force de fascination qui est le sien ; se soumettre à la puissance d’attention sexuelle qu’il déploie. Et, par là même, renoncer à ce que le concept, dans son voilement pudibond, puisse jamais en dire une autre vérité que celle qui, à défaut de se comprendre, s’impose aux sens émus de celui qui y assiste. »

Laurent de Sutter

Entrée : Tarif unique : 7€ – Vente sur place

Réservations : contact@lesrencontresplacepublique.fr

 

_________________________________________

Samedi 11 octobre

10h00

Lycée Français Jean Monnet
LA PLAYLIST DES PHILOSOPHES
Rencontre avec Marianne Chaillan (professeur de philosophie)

Qui penserait s’initier à la philosophie de Hume en écoutant Céline Dion ou à celle de Heidegger en chantant Alain Souchon ou Saez ? Qui associerait Lara Fabian à Levinas et Stromae au philosophe janséniste Pascal ? De la même manière, qui pourrait soupçonner que Lady Gaga nous invite à questionner les conditions du bonheur ou que Johnny Hallyday nous conduit sur les pas de Rousseau relativement à la question du désir ? Pourtant de Radio Contact à NRJ en passant par Nostalgie ou Pure FM la musique que nous écoutons nous fait parfois entrer, sans que nous ne nous en rendions compte, en terre philosophique ! Et nos jeunes lycéens révisant le bac n’ont peut-être pas toujours tort de le faire en musique !

Jean-Jacques Goldman ou Léo Ferré en maître de philosophie, est-ce bien si surprenant ? Les paroles de leurs chansons, que nous connaissons tous par cœur, ne peuvent-elles pas constituer une voie d’accès à la compréhension des problèmes qui animent les grands textes de philosophie ?

Cette petite conférence se proposera de débusquer la philosophie à l’œuvre dans quelques grands tubes de la chanson de variété pour nous montrer qu’allumer sa radio peut se révéler aussi instructif qu’ouvrir un livre de philosophie.

Marianne Chaillan

 

LA CHANSON
Rencontre avec Vincent Delecroix (philosophe)

Chanter est l’une de nos activités les plus quotidiennes. Mais elle n’est pas une simple ornementation : fugace et fragile, elle plonge ses racines dans nos existences. Qui sommes-nous lorsque nous chantons ? Rossignols ou perroquets ? De la voix de casserole au duo d’amour, on cherche ici à définir la présence au monde dont témoigne la voix chantante.
Libérant le chant de tous ses mythes, des sirènes d’Ulysse au rock’n’roll, en passant par les métamorphoses d’Orphée ; échappant à la nostalgie des origines, comme à toute sacralisation de la voix, ce gai savoir interroge une époque qu’on prétend « désenchantée ». Il montre alors, au plus près de l’expérience, comment chanter nous fait reprendre la parole.

 

Entrée libre

Réservations : contact@lesrencontresplacepublique.fr

 

14h00 

La Bellone – Maison du spectacle

L’INVENTION DE LA DANSE HIP-HOP OU LES PARADOXES DE L’ARTIFICATION
Rencontre avec Roberta Shapiro (sociologue)

Aujourd’hui, plus de trente ans après son introduction en France, la danse hip-hop est qualifiée de forme artistique et de courant de la danse contemporaine. Dans le même temps, elle continue aussi d’être associée dans l’imaginaire collectif à des « classes dangereuses » et à une jeunesse qui effraie. Qu’en est-il ? Pour comprendre l’émergence progressive comme art de la danse hip-hop, il faut expliquer deux processus logiquement distincts mais historiquement imbriqués : la constitution à la fois comme danse et comme art de ce qui a d’abord été vu comme un divertissement adolescent. L’artification progressive de ce qui, au début (vers 1980), s’appelait smurf, résulte de la conjonction d’une série de transformations sémantiques, organisationnelles, et institutionnelles. Le rapport à l’art prend cependant des formes inattendues ; l’artification est loin d’être linéaire, elle rencontre des résistances et se heurte à des obstacles.

Roberta Shapiro

 

RAP ft. PHILOSOPHIE
Rencontre avec Francis Métivier (philosophe) suivie d’un échange avec Philippe Manche  (journaliste au Soir)

Rap ft. philosophie – Un dialogue inédit entre la philosophe et le rap sur la question de l’histoire. Le rap, punchlines à l’appui, expose sa vérité sur l’histoire en constatant le retentissement du passé collectif sur le moi et la société actuelle. La philosophie, analyses à l’appui, considère cette nouvelle historiographie du rap, à travers ses différents courants…

Rap egotrip: l’histoire me détruit et me construit.

Rap hardcore : répétitions de la révolte historique.

Rap conscient : l’impact de l’histoire sur notre dimension politique.

Rap gangsta : l’histoire des apparences.

Rap poétique : à la recherche de la vérité historique

Francis Métivier

 

 LA PHILOSOPHIE DANS GAME OF THRONES : FONDEMENTS DE LA MÉTAPHYSIQUE DES MEURTRES
Rencontre avec Marianne Chaillan (professeur de philosophie)

Attention  SPOILER !  La  série  la  plus  médiatique  au  monde  avec  ses  18  millions  de téléspectateurs par épisode, la série qui fait subir des pannes informatiques à la chaîne qui la distribue en raison du trop grand nombre de demandes des internautes, la série la plus téléchargée illégalement de tous les temps, cette série dont chaque nouvel épisode suscite l’effroi et la stupeur des fans pris entre enthousiasme et sentiment d’horreur, cette même série qui nous parle de dragons, de marcheurs blancs, de Mur, de trahisons, de politique, d’inceste et de meurtres est en fait… gorgée de philosophie ! Réflexion sur la morale, sur la politique, sur la religion, méditation de la mort ou de la question du genre, les passerelles ne manquent pas qui unissent le royaume de Westeros à celui de la philosophie. Oui, bien plus que les Targaryen, les Baratheon, les Lannister ou les Stark, le véritable monarque des sept couronnes n’est autre que la philosophie ! Notre conférence aura pour objet de mettre en évidence cette dimension philosophique de la saga de Georges R.R. Martin – et de trouver là l’une des clés de son immense succès ?

Marianne Chaillan 

 

Entrée libre

Réservations : contact@lesrencontresplacepublique.fr

 

20h00

ENSAV – La Cambre

MODE ET PHILOSOPHIE

En partenariat avec France Culture et l’ENSAV La Cambre

Mode et Temps
Rencontre avec Marie-Aude Baronian (philosophe) animée par Adèle Van Reeth (productrice des Nouveaux chemins de la Connaissance).

Diffusion sur France Culture la semaine du 13 octobre à 10h

Phénomène temporaire, éphémère, la mode révèle des manières de s’habiller, mais aussi de vivre et de penser particulières, qui naissent, s’éteignent et réapparaissent dans le temps. Elle se répète, se reprend, elle n’est jamais la même sans tout à fait être différente. Entre temps linéaire des modes qui s’abolissent au fil des saisons et temps cyclique de la mode qui finit et recommence, comment la mode redéfinit-elle notre rapport au temps ? Comment permet-elle de penser une autre temporalité, qui n’est ni le retour du même ni une naissance à chaque fois tout à fait neuve ?

 

Le corps glorieux de la top-modèle
Rencontre avec Véronique Bergen (philosophe)

Par-delà la sphère du frivole, du superficiel avec laquelle on la confond volontiers, la mode s’offre comme un dispositif de pensée où le social se réfléchit. Elle est un laboratoire de styles qui met en jeu deux dispositifs, un platonisme hétérodoxe et une inversion de l’incarnation.

Les top-modèles exemplifient à la fois l’Idée pure de la Beauté, de la Femme, de la Séduction, césurée de ses adhérences empiriques et une chair qui se fait Verbe, plus exactement image et lumière. Virtuose des paradoxes, des simulacres, la mode est logée à l’enseigne de Baudrillard et de Mallarmé : visant l’Absente de toute femme, la mise en valeur du corps aboutit à sa dématérialisation, à la création d’un corps de gloire.

Servant d’intercesseurs entre l’Idée pure du Beau et la sphère des consommateurs, les mannequins sont les anges, les saintes du rituel de la haute couture.

La mode ne dicte pas seulement les styles, les tendances vestimentaires, esthétiques d’une époque mais propose de nouvelles manières d’exister, de penser, de vivre. Façonnant les corps, elle les formate, les disciplines dans le mouvement où elle les libère, faisant passer des tendances minoritaires dans le social. Toucher aux formes, c’est toucher aux mentalités, aux normes, suggérer de nouvelles subjectivations.

Véronique Bergen

 

La mode: de la silhouette à l’esprit du temps
Rencontre avec Anne Kraatz (professeur à l’École Pratique des Hautes Études) animée par Adèle Van Reeth (productrice des Nouveaux chemins de la Connaissance).

Diffusion sur France Culture la semaine du 13 octobre à 10h

Frivole, superflue et légère, la mode est souvent condamnée pour sa superficialité et son insignifiance. La mode ne serait-elle alors que le fruit du hasard ? Pourtant, loin de ne renvoyer qu’à ce qui est contingent, la mode marque une époque de son empreinte, autant qu’elle en est le reflet : parce qu’elle énonce la forme de la silhouette parfaite, elle révèle les normes esthétiques d’une société. La mode vestimentaire ne serait-elle pas plutôt le véritable reflet matériel d’un système de pensée propre à une société donnée ?

 

La Mode à « la mode Baudrillard »
Rencontre avec Françoise Gaillard (historienne des idées)

Serions-nous entrés dans un monde d’où toute réalité première a disparu pour ne plus laisser place qu’au jeu des simulacres ?

Serions-nous entrés dans un monde où règne la virtualité et où le simulacre ne fait que simuler d’autres simulacres ?

Serions-nous entrés dans un monde où tout étant devenu opérationnalité il ne reste plus rien hors sphère du virtuel ?

Ce serait oublier la puissance de séduction de phénomènes comme la mode qui surfent sur la spectralité de la réalité pour mieux ancrer dans le réel leur économie.

Françoise Gaillard

 

La mode et le temps du nihilisme
Rencontre avec Francesco Masci (philosophe)

La mode est nihiliste. Non, ne vous trompez pas, je n’ai aucune intention de me joindre au chœur des pleureuses critiques. Quand je dis nihilisme, je ne parle pas d’une prétendue absence de valeurs de la mode, déterminée par le cynisme de ses producteurs et la vanité de ses consommateurs. Le nihilisme de la mode, sa relation au néant, est une nécessité ontologique.

La mode ne fonctionne que grâce à un principe de négation temporellement déterminé. Elle est un instrument parfait de gestion de la production d’événements contingents devenue au cours de la modernité pléthorique et de plus en plus anarchique. La mode ne s’oppose pas à ce flux mais, au contraire, elle l’accélère en instaurant un régime inflationniste de la contingence. Chaque nouveau produit contient déjà en soi sa propre négation. Dans la mode la déception engendre l’attente tout comme l’attente est déjà porteuse de déception. Les changements incessants que la mode produit sont un effet secondaire de ce travail de création et conservation du rien (qui n’est pas une création à partir du rien !) qui fait de la mode la sœur jumelle de la culture moderne. Cette temporalité négative et somme tout répétitive assure la libre circulation de blocs d’expériences  standardisés.

Avec la mode, le consommateur se confond avec le producteur collectif d’une équivalence généralisée de tout avec tout, et alors le néant qui loge au cœur même de la modernité n’est plus qu’un produit autonome et intégré, collectif et exclusif. C’est dans les fastes populaires de la mode que les deux créatures de la société moderne qui semblaient irréconciliables, l’individu et la masse, célèbrent leurs noces.

Francesco Masci

Entrée libre

Réservations : contact@lesrencontresplacepublique.fr