Saison 2 – Programme

Lundi 18 Octobre 2010 L'amour est-il en danger? Une question philosophique Rencontre sous la direction scientifique d’AUDE LANCELIN (auteur, journaliste) en présence d'ALAIN BADIOU (philosophe) et d’ANNE DUFOURMANTELLE (philosophe, psychanalyste) Soirée inaugurale en partenariat avec Le Nouvel Observateur   Mardi 19 Octobre 2010 Buffy tueuse de vampires : Ethique, féminisme, philosophie 18h au Centre de la vieille charité / CIPM (2 Rue Charité 13002 Marseille) Intervention de SANDRA LAUGIER (philosophe), suivie d’un échange avec THIBAUT DE SAINT MAURICE « Buffy contre les vampires, série culte diffusée durant 7 saisons (1997-2003), est certainement unique en son genre, et un des meilleurs exemples de culture populaire, au sens où elle a touché un très large public tout en excitant la réflexion intellectuelle, voire académique. Buffy visait, dans l’intention explicite et pédagogique de son génial créateur, Joss Whedon, à modifier nos perceptions morales : en mettant en scène une héroïne à la fois ordinaire, féminine, et dotée de capacités extraordinaires, notamment celle de massacrer les vampires et malfaisants, la série tentait de changer notre vision du rôle des femmes, tout en restant dans le cadre esthétique, social et moral de la série pour adolescents. On mettra en évidence l’originalité et la richesse de la série, que ce soit dans son traitement · du genre “vampires” (largement développé depuis dans d’autres productions, notamment l’excellent True Blood d’Alan Ball), · des problèmes de l’adolescence, de l’amitié, de la sexualité traduits dans le cadre de situations fantastiques extrêmes · des questions morales et politiques liées au genre, et des questions philosophiques liées à l’identité, à la finitude et au scepticisme. La série Buffy, émaillée de références à la culture populaire (musique, bd, cinéma), est elle-même une référence en matière de culture populaire et elle est également devenue un objet d’études dans le monde anglo-saxon (“Buffy studies”). Avant tout, Buffy est un terrain philosophique d’une grande richesse, explorable par tous, et donc l’une des grandes oeuvres de pop- philosophie. » (Sandra Laurier)   Mercredi 20 Octobre 2010 "Plus belle la vie" : mythologie au quotidien 15h à la FNAC (Centre Bourse - 13001 Marseille) Intervention de MICHEL MAFFESOLI (sociologue) et STEPHANE CHAUDIER (maitre de conférences en littérature). "Pour celui qui ne voit que le visible, il peut y avoir disparition d’idées, d’objets, de manières d’être ou de penser. En fait il n’en est rien tant il est vrai que, sur la longue durée, tout n’est qu’une lente transformation des choses de la vie. Le terme qui serait le plus opportun est celui de transfiguration soulignant qu’une même réalité va revêtir des figures diverses. Figures caricaturales que l’on va retrouver, par exemple, tout à la fois dans les feuilletons d’antan et d’aujourd’hui, avec Plus belle la vie. Mais si la forme varie, le fond lui, reste intangible. Ne serait-ce que sous forme d’hypothèse, il faut admettre que les grands archétypes sont invariables ; seules leurs expressions peuvent varier. C’est ainsi que l’on peut voir d’étonnantes proximités entre le « soap-opéra » Dallas, rythmant les soirées des années 80, et Plus belle que la vie dont on sait le succès éclatant. L’un et l’autre rappellent qu’au-delà d’un vernis rationnel, l’animal humain est, avant tout, traversé par des humeurs, des émotions et des passions pouvant être considérées comme une sorte de nappephréatique qui, quoiqu’invisible, sustente toute vie sociale. En son temps, Dallas exprimait une telle réalité ; c’est bien ce qu’actuellement fait Plus belle la vie." (Michel Maffesoli) Le rock philosophique a-t-il existé dans les années 70’s ? 18H30 au Bar rock la Maison hantée (10, Rue Vian 13006 Marseille) avec ERIC AESCHIMANN (journaliste), STEPHANE LEGRAND (philosophe), PACOME THIELLEMENT (écrivain) « Comment se fait-il que, un demi-siècle après sa naissance, le rock apparaisse comme une flammemaintenue, un marqueur, une forme repère dont il deviendrait important de construire la métaphysique? Le rock est une utopie réalisée, qui a réussi là où 68 a échoué. Pourquoi rapprocher le rock d’unévénement politique comme Mai 68 ? Parce que le rock est moins une forme musicale, au reste assezfruste, qu'un "événement. On sait que 68 aussi fut un "pur événement", "improductif, sans objet",prise de parole, déluge de mots, soulèvement inexplicable par le seul contexte économique oupolitique. En somme, mai 68 et le rock sont deux événements contemporains, surgis de nulle part. Le rock et son moment culminant, le concert ou le festival (disons: Woodstock) est une formeutopiste, où l'individu fusionne avec les autres par la musique. Or, quarante ans plus tard, le concertde rock a conservé une effectivité tangible, permanente. L'étonnante longévité du rock démontre quetoute nouveauté n'est pas condamnée à s'effondrer, qu'il est possible, à l'ère post-moderne,d'inventer des modes d'être au monde qui ne deviennent pas ringardes au bout de cinq ans, que demeurent des espaces de libre élaboration. Ainsi le rock réussit où la politique échoue: il rend heureux, il unit, il fait circuler de l'énergie, la jouissance, la communion, la subjectivité. » (Eric Aeschmann) Pour une philosophie mineure. Démarquage de Kafka 20h30 à Montevideo (3 Impasse Montevideo 13006 Marseille) Intervention d'ANDRE SCALA (professeur de philosophie) suivi s’un échange avec DANIEL LIOTTA (professeur de philosophie) « L'expression pop philosophie est employée par Deleuze et Guattari dans leur livre Kafka, pour une littérature mineure. Cette expression est un appel à une chance pour la philosophie dans un contexte (milieu des années soixante-dix) où l'antiphilosophie devient le discours du pouvoir. C'est donc une expression qui désigne une philosophie politique ni officielle ni dominante. Deleuze et Guattari créent le concept de littérature mineure dont les caractères essentiels sont un usage de la langue et la dimension immédiatement politique et collective de l'énonciation. Dans quelle mesure ces caractères découverts chez Kafka peuvent-ils constituer un programme pour une philosophie mineure ? Quel est le peuple de cette pop philosophie ? » (André Scala) Concert de RICHARD PINHAS avec JAY SCHMIDT et VJ MILOSH 22h à Montevideo ( 3 Impasse Montevideo 13006 Marseille) RICHARD PINHAS (philosophe, musicien), JEROME SCHMIDT (écrivain, musicien) et MILOSH LUCZYNSKI (artiste multimédia) Pionnier de l’utilisation de l’électronique dans le champ du rock, Richard Pinhas est une figure clé dans le développement de la musique électronique internationale. Dès les années 1970, il préfigure avec son groupe Heldon la musique industrielle et techno. Dans les années 90, Il se focalise sur l’exploration de la voix, notamment celle de Gilles Deleuze. Docteur en philosophie et auteur de l’ouvrage Les larmes de Nietzsche. Deleuze et la musique, Richard Pinhas considère la musique et la philosophie comme synthétiquement liées, leur structure de composition, leurs concepts étant les mêmes : le matériau, la durée, la répétition etc…   Jeudi 21 Octobre 2010 Le fait divers entre contingence et nécessité. Michael Jackson et autres cas 18h30 dans les locaux du quotidien La Marseillaise (19 Cours Estiennes d'Orves 13001 Marseille) Rencontre proposée par FRANÇOISE GAILLARD (historienne des idées) en présence de deux autres intervenants. Tout fait est une construction. L'évènement qui se produit, de quelque nature qu'il soit, n'est pas un fait. Il le devient à la suite d'une activité intellectuelle qui opère sur un donné: ce qui arrive. Lié par nature à ce qui arrive le fait est contingent, et tient donc en échec la pensée logique qui vise à l'établissement de nécessités. Ce qui est vrai du fait l'est encore plus du fait divers qui semble se produire hors de toute raison causale. Et pourtant, une autre approche peut révéler l'ordre propre de sa nécessité.   Vendredi 22 Octobre 2010 Philosophie, humour et mathématiques : Humour et philosophie 14h30 au Théâtre national de la Criée (30 Quai Rive Neuve 13007 Marseille) Intervention de CHRISTIAN BOISSINOT (professeur de philosophie, directeur collection aux Presses de l’Université de Laval) « Le rire et ses corollaires, le comique et l’humour, semblent être des pièces manquantes de la philosophie occidentale. Et les rares fois où les philosophes ont fait travailler leur matière grise à son sujet, c’est avec un détachement somme toute prudent, l’observant à distance sans jamais vraiment mettre à profit leurs muscles zygomatiques. En fait, si le rire est associé à la philosophie, c’est, hélas, parce qu’il est plutôt de mise depuis sa naissance il y a 2 500 ans de se moquer d’elle, de son absence d’ancrage dans la réalité, de son inutilité, de la lourdeur ridicule de ses ratiocinations. Pourtant, il est archifaux de penser que la philosophie s’est toujours drapée de sérieux. J’aimerais mettre au jour une autre histoire de la philosophie, passablement plus inénarrable qu’une certaine histoire officielle voudrait le laisser croire. Place à ces indécrottables farceurs, humoristes, pince-sans-rires et autres spécialistes de la pelure de banane, qui se sont donné pour mission d’apprivoiser notre insondable condition humaine. » (Christian Boissinot) La conception du monde chez les Shadoks Intervention de GERARD BERRY (professeur au Collège de France) « Les Shadoks évoluent dans un monde très hostile, qui provoque chez eux une conception du monde très différente de la nôtre. Nous en verrons plusieurs aspects : l’analyse du mouvement des corps, où le professeur Shadoko rejoint et même double Newton, la conception des mathématiques et de la logique, avec le grand exemple de la passoire à nouilles, celle de la culture en général, et les inconvénients des maladies provoquées chez eux comme chez nous par l’excès de réflexion. » (Gérard Berry) Humour et mathématiques Intervention de NORMAND BAILLARGEON (professeur en sciences de l'éducation, directeur collections aux Presses de l’Université de Laval) « Je soupçonnais qu’en y apercevant le mot mathématiques, bien des gens, qui ne se souviennent qu’avec angoisse ou douleur de leurs cours de mathématique, ne sautent aussitôt par-dessus mon texte. Mais il est inutile de le cacher : nous parlerons bien ici de mathématiques et d’humour. Dont acte. Et qui sait? La curiosité de certains lecteurs l’emportera peut-être et au: «Les mathématiques, il n’y a vraiment pas de quoi rire!», succédera une certaine curiosité (…). Je voudrais tenter des rapprochements entre les mathématiques et l'humour et montrer qu'il y a des points communs entre ce qui caractérise certains modes de pensée en maths et en humour. » (Normand Baillargeon) Mission Socrate Court métrage de Jackie Berroyer et Bertrand Lenclos (2009) Projection en suivie d’un échange avec JACKIE BERROYER Constatant la décadence croissante et inéluctable de notre société, trois hommes, lors d’une rencontre fortuite au hammam, décident de remonter le temps afin de détourner Socrate de la pratique de la philosophie, et empêcher ainsi le déclin de l’humanité.   Samedi 23 octobre 2010 La philosophie dans le juke-box. Les tubes, ou la bande-son de la vie 15h au Théâtre national de la Criée (30 Quai Rive Neuve 13007 Marseille) Intervention de PETER SZENDY (philosophe, musicologue) « C'est Boris Vian qui semble avoir inventé l'usage argotique du mot tube, pour désigner une chanson à succès. C’est-à-dire, le plus souvent, une chanson quelconque, qui ressemble à toutes les autres et qui chante volontiers sa banalité même. Or, ces mélodies, ces airs comme ça nous hantent, prolifèrent en nous comme des vers d’oreille. Jusqu’à devenir parfois la bande-son de notre vie, commémorant tel moment passé, tel vécu singulier. Comment penser cette conjonction paradoxale, propre sans doute aux tubes, entre le plus banal et le plus singulier ? Comment le cliché musical qui circule jusqu’à l’usure peut-il être porteur de l’unique, d’un affect à nul autre pareil ? Mais, d’autre part, les tubes demandent aussi à être pensés, à être élevés à la dignité d’objets philosophiques. Aussi est-ce en lisant Kierkegaard, Kant, Marx, Freud ou Benjamin que l’on tente ici d’interpréter leurs rapports avec l’argent, ainsi que l’épreuve de la reprise dont ils nous font faire l’expérience. » (Peter Szendy) Mob' Philo ou la pensée mobile 17h30 au Palais de la Bourse (9, la Canebière 13001 Marseille) Animé par EMMANUEL MAHE (Docteur en Sciences de l’Information et de la Communication), avec MAURIZIO FERRARIS, philosophe, NICOLE CORSINO et NORBERT CORSINO (chorégraphes, chercheurs) et PIERRE MUSSO (philosophe, professeur en Sciences de l'information et de la communication). "Mobile", "portable", "cellulaire", "cell","natel", "GSM" ou "Vini", autant de noms pour désigner ce même objet suivant que vous soyez en France, en Belgique, aux USA, au Québec, en Suisse ou encore en Polynésie Française... D'un côté cet appareil pourrait être perçu comme étant "universel" (chaque possesseur d'un téléphone peut potentiellement entrer en contact avec n'importe quelle autre personne connectée sur la planète), et d'un autre côté il est pétri d'usages et de pratiques sociales spécifiques à des cultures, parfois à des tranches d'âges ou même à des micro-territoires. Par ailleurs, cet appareil ne se limite pas au seul terminal ( le téléphone mobile) puisqu'il n'est qu'un des éléments d'un réseau global , même si certains téléphones non connectés permettent des usages détournés comme écouter des podcasts "off line" ou s'en servir comme simple lampe de poche! Par exemple, les smartphones créent de nouvelles relations au territoire par la géolocalisation, ou bien encore ils tissent des liens entre images "réelles" et "virtuelles" par la "réalité augmentée"... Nous avons donc dans notre main un "objet-réseau" combinant différentes formes d'universalité, des normes et des codes sociaux partagés, des formats de standardisation techniques globaux...avec des singularités propres à chaque situation d'usages selon les catégories sociales mais aussi selon les temporalités propres à l'émission et la réception d'appels téléphoniques. Tous ces paradoxes font de ce dispositif un sujet idéal pour les controverses et les débats d'opinion. Mais au delà des "pour" et des "contre", il est urgent de penser la téléphonie mobile dans toutes ses dimensions, techniques, sociales, culturelles, politiques mais aussi philosohiques et artistiques. Plus qu'une pensée sur le mobile, c'est une pensée mobile que nous souhaitons favoriser de telle sorte que cette mobilité "intensive" de la pensée (pour détourner les termes de Deleuze sur la vitesse de la pensée) questionne une certaine forme de mobilité "extensive" du téléphone mobile et de l'Internet.