Les Rencontres place publique

1 place Lorette

13002, Marseille

  • Facebook
  • YouTube

SEMAINE DE LA POP PHILOSOPHIE 2015

SAISON VII

MARSEILLE

DU 26 AU 31 OCTOBRE 2015

Lieux

La Criée

cipM

Cité de la Musique

Cinéma les Variétés

Bibliothèque l'Alcazar

Montévidéo

Maison Méditerranéenne des Métiers de la Mode (MMMM)

FRAC PACA

Maison de la Région

Chapelle de la Vieille Charité

PROGRAMME 2015

  • LUNDI 26 OCTOBRE Soirée Inaugurale - Théâtre National de la Criée

 

19h-Philosopher ou faire l’amour // Ruwen Ogien (philosophe) suivi d’un échange avec Robert Maggiori (journaliste et philosophe)

 

Sous l’influence des moralistes du XVIIe siècle, des naturalistes et des féministes, la philosophie de l’amour était devenue une sorte d’école du scepticisme. Disséquer philosophiquement l’amour revenait à dévoiler son enracinement dans la vanité humaine, son caractère de « ruse de la nature » et son rôle majeur dans l’assujettissement des femmes. Depuis quelque temps, ce scepticisme est passé de mode. Certains philosophes, pas les moins connus, semblent avoir retrouvé les vertus de l’amour et se concurrencent pour le glorifier. À travers l’éloge de l’amour ce qu’ils semblent exprimer, c’est leur rejet de l’individualisme moderne et de son expression : le consommateur compulsif, avide de satisfactions immédiates. Il faudrait, d’après eux, retrouver ce qui peut faire « lien » avec les autres, revaloriser les mouvements de l’âme « désintéressés », renforcer ce qui pourrait remettre dans le cœur des citoyens le goût des belles choses, de la constance, de la durée, de la fidélité. De tous ces points de vue, l’amour semble être un remède idéal. Ce discours édifiant n’est pas indéfendable. Mais il peut nous nous empêcher de voir que l’amour est parfaitement concevable en dehors de tout asservissement à l’idée du couple fidèle, obstiné, durable : c’est un discours fermé aux innovations normatives. Par ailleurs, ces éloges de l’amour sont clairement puritains. Ils servent à contester la conception moderne de la liberté sexuelle.

Pour ces deux raisons, il s’agit, à mon avis, de discours qui participent de l’hégémonie des idées conservatrices dans la  pensée la plus contemporaine.

 

20h– Sans foi ni lois : amour, amitié, séduction // Monique Canto-Sperber (philosophe) suivi d’un échange avec Léa Iribarnegaray (journaliste)

  • MARDI 27 OCTOBRE cipM – Centre de la Vieille Charité

18h - « Le syndrome de ‘la frite’ – Barthes et Sherlock Holmes » // Rencontre avec Françoise Gaillard (historienne des idées) en hommage à Roland Barthes, intellectuel  dont la pensée est très présente durant nos semaines pop philosophiques.  

 

Qu’est-ce qui peut bien rapprocher le fin limier de Baker Street du sémioticien germanopratin ? Le goût pour le tabac ? Celui ambré de la pipe pour le premier, celui puissant des cigares pour le second ? La pratique de la musique ?  Celle du violon pour le premier, celle du piano pour le second ? Une passion commune pour les signes ? Celle de leur déchiffrement en vue de la résolution d’une énigme pour le premier, celle de leur façon de produire du sens pour le second ?

(Trop) élémentaire mon cher Watson !

Ce qui les unit, par-delà ces manies, c’est une même pathologie qu’on peut appeler avec Barthes  le syndrome de « la frite », autre nom, plus imagé, du mal qui les habite l’un comme l’autre.

 

 

Cité de la musique

20h - Le tube : et si, au lieu de chercher à l’expliquer, on se demandait qu’apprendre de lui ? // Rencontre avec Antoine Hennion (sociologue)

 Il y a un paradoxe quasi ontologique dans le tube. Le mot même qui le désigne suggère cela : qu’est-ce donc qu’un objet qui ne se définit que par son résultat, le succès qu’il rencontre ? Cela explique en partie la pauvreté des analyses qu’il suscite, prises dans ce piège : ou bien le réduire à quelques ficelles (souvent en mêlant de façon trouble le rejet de l’argent et le mépris du populaire : savonnette, matraquage, procédés faciles, etc.), ou bien se complaire dans l’impossibilité d’en dire quoi que ce soit.

Comme souvent face à des dualismes stériles, il faut délaisser les réponses toutes faites (ou les non-réponses de principe), et prendre des chemins de traverse. À partir d’exemples contrastés pris dans toutes sortes de musique, je vais en proposer un : cerner peu à peu ce qui caractérise le tube par opposition à d’autres formes de réussite. En somme, le définir par ce qu’il n’est pas : l’effeuiller pour dégager ce qui le différencie par la négative, puisque rien de positif ne permet de le saisir – il faut toujours prendre au sérieux les poncifs du milieu : « si on savait ce qu’était un tube, tout le monde en ferait »…

Procéder ainsi nous permettra de faire petit à petit changer de statut à cette absence de raisons, de causes déterminées, de sorte qu’elle ne soit plus un échec de l’analyse ou un renoncement tautologique, mais le défi même qu’affrontent les producteurs : non pas mobiliser toutes les ressources, techniques et savoirs disponibles, mais au contraire guetter ce qui leur échappe. Loin d’être le plus fabriqué des objets musicaux, le tube serait celui qui ose s’affranchir de tout procédé ou de toute règle pour guetter la fragilité de ce qui survient, de ce qui se sculpte de neuf à partir de matériaux mille fois usés. À côté de mille échecs, le succès commercial se fait moins scandaleux, s’il vient récompenser l’audace de tout miser sur l’imprévisibilité de l’instant qui passe.

 

 

  • MERCREDI 28 OCTOBRE Cinéma Les Variétés

14h30- Blockbuster’s philosophy // Rencontre avec Marianne Chaillan  (philosophe)

 

Aimer les films hollywoodiens, les blockbusters des majors avec stars et effets spéciaux, les salles de multiplex avec pop corn et sodas, est-ce un crime de lèse-intellect ?  Seul le spectateur d’Arte cultive-t-il ses neurones ? Entre le divertissement grand public et la réflexion, y a t-il nécessairement un hiatus infranchissable ? Notre pari est de montrer que dans ce cinéma qui souffre d’un certain mépris, on peut trouver des illustrations parfois frappantes des concepts philosophiques et des scénarios aux questionnements qui n’ont rien à envier à nos traditionnelles dissertations de philosophie…

Bref : nous relevons le défi de prouver que Steven Spielberg, Georges Lucas, James Cameron ou Peter Jackson derrière la caméra tout comme Leonardo Di Caprio, Tom Cruise et Jennifer Lawrence sur l’écran (pour ne citer que ceux-là parmi les nombreuses étoiles d’Hollywood Boulevard) tissent pour notre plus grand plaisir des passerelles aussi divertissantes qu’instructives avec la philosophie.

Venez philosopher avec, entre autres, Titanic, Hunger Games, le Seigneur des Anneaux, Terminator, Harry Potter, Star Wars, Matrix, Divergente et bien d’autres succès que vous avez aimés – sans savoir, peut-être, qu’ils vous initiaient en même temps à la philosophie…

 

Bibliothèque de l’Alcazar

18h - Philo poker  // Rencontre avec Lionel Esparza (journaliste, écrivain)

 

La table de poker fonctionne comme un modèle réduit où se résume l'essentiel des obsessions contemporaines : le désir d'argent, le goût pour la compétition effrénée, l'expérience de l'impondérable dans une société dominée par les exigences du calcul prévisionnel, mais aussi le mensonge, le bluff et le spectacle.

Le poker n'a qu'un dieu, l'argent ; qu'une religion, le capitalisme ; qu'une inspiration, le marché. Il traduit en termes ludiques les impératifs du libéralisme. Il les transmet ainsi à la façon d'un message subliminal, non comme le feraient un manuel théorique ou une fiction exemplaire, mais à travers une pratique d'autant plus efficace qu'anodine en apparence. Nous sommes entrés dans le stade ludique du capitalisme. L'analyse critique de son jeu-fétiche peut permettre de mieux en saisir l'esprit.

 

 

GRIM-Montévidéo

20h30Les musiques électriques, Quand la musique s’électrocute, En collaboration avec L’auditorium du Louvre // Rencontre avec Stéphane Malfettes (directeur de l’auditorium du Louvre)

 

Métamorphose des instruments, amplification des sons, fétichisme des machines : la fée électricité a révolutionné la musique. Au grand dam de leurs fans, Bob Dylan, Miles Davis ou Lou Reed ont pris un malin plaisir à mettre les doigts dans la prise. De l’électricité dans l’air, il y en a aussi avec le theremin ou le clavier Moog qui a conquis les musiques les plus diverses : le vieux Bach revu par Wendy Carlos, le Bob Marley de « Stir it up », les Pink Floyd et autres aventuriers du son synthétique.

 

Alors, rage ou pas contre la machine ? Dans le sillage de Stockhausen et Kraftwerk, les robots et les beatbox ont bel et bien pris le pouvoir. De Michael Jackson à Björk, le look androïde est furieusement tendance… et très filmogénique comme le révèle cette séance riche en extraits audiovisuels.

 

 

  • JEUDI 29 OCTOBRE Maison Méditerranéenne des Métiers de la mode

17hÊtre à la mode ou avoir du style // Rencontre avec Sophie Chassat (philosophe)

 

Les aficionados de la mode semblent être avant tout des suiveurs conformistes mus par l’instinct grégaire et le désir écervelé de plaire à travers le renouvellement constant de leur apparence. Au contraire, celui qui a su trouver son style passe pour un caractère indépendant, capable d’exprimer à travers une allure bien définie la profondeur de sa personnalité, un être qui en somme ne s’en laisse pas conter ni compter (puisque rester à la mode a un coût). Mais la mode vaut mieux que ce à quoi on la réduit trop souvent : une préoccupation futile et décérébrée. « L’homme qui ne voit que la mode dans la mode est un sot. La vie élégante n’exclut ni la pensée, ni la science : elle les consacre », écrivait en ce sens Balzac dans son piquant Traité de la vie élégante. D’abord, être à la mode ça n’est pas tout à fait la même chose que suivre la mode. Ensuite, cela pourrait bien être la meilleure des tactiques pour parvenir à l’expression d’un style authentique : « différence suppose ressemblance d'abord. (...) Comprend-t-on maintenant que la mode aille si naturellement au style ? » explique le philosophe Alain. Certes, comme le soulignait Coco Chanel, « la mode se démode, le style jamais », mais c’est aussi là que réside toute la beauté de la mode, ou, comme le disait en poète Jean Cocteau, « sa loi tragique »...

Sophie Chassat

 

FRAC

18h La pédésthétique // Rencontre avec Antoine Pickels (écrivain et dramaturge)

 

Et si ce goût exquis que l'on prête si aisément au pédé (comme au nègre le sens du rythme, au juif celui des affaires, et à la femme l'intuition) était ce qui fonde son actualité ? Cette esthétique pédé génèrerait-elle une éthique ? Cette éthique déterminerait-elle une attitude, une manière d'appréhender le monde ? Cette attitude aurait-elle des conséquences quotidiennes et politiques ? Alors, cette pédesthétique pourrait être le fondement d'une pensée active qui ne cède ni au repli de la communautarisation, ni aux reniements de l'intégration. Antoine Pickels vérifie cette hypothèse. Subversion ou obédience, il expose les tensions qui tiraillent actuellement les pédés occidentaux, à partir de leur volonté de conformisme ou de leur capacité de subversion. Il analyse quelques œuvres d'artistes pédés - Jean Cocteau, Jean Genet, Hervé Guibert, Gilbert & George, Bill T. Jones, Rainer Werner Fassbinder, etc. Ecrit à la première personne, avec verve, franchise et humour, Un goût exquis ne prétend ni à l'exhaustivité ni à un savoir universitaire. L'analyse et l'engagement cheminent de concert dans ce livre qui revendique hautement sa subjectivité et s'adresse à chacun, quelles que soient ses préférences sexuelles. Un livre salutaire dans le contexte actuel de nivellement de la pensée.

Maison de la région

20hLa Philosophie du Dr. House une éthique sans moraline // Rencontre avec Yannis Constantinidès (philosophe)

 

Yannis Constantinidès, dans son analyse de la série télévisée Docteur House, s’interroge sur la possibilité et la réalité du respect de certaines valeurs morales, que la médecine contemporaine brandit volontiers. Il cite ainsi pour l’illustrer ces quelques phrases du fameux Docteur House : « Qu’est-ce que vous préférez ?... Un médecin qui vous tient la main en vous laissant mourir, ou un médecin qui vous ignore en vous guérissant ?... Évidemment, le pire de tout, ce serait un médecin qui vous ignore en vous laissant mourir... ». Dénonçant, de façon provocatrice et caricaturale, à la fois respect de l’autonomie et souci de l’autre, et montrant un médecin uniquement intéressé par le malade en tant que cas intéressant (à élucider), cette série télévisée montre « l’hypocrisie des valeurs morales complaisamment affichées à l’hôpital ». Elle a l’intérêt de souligner que les choses ne sont pas si simples sur le terrain et que certaines « injonctions éthiques » ne sont pas toujours applicables. Fort de ce constat, Y. Constantinidès propose « une nouvelle éthique, garantie sans moraline » (pour parler comme Nietzsche), dont il développera les grands principes.

  • VENDREDI 30 OCTOBRE Vieille Charité - Chapelle Puget

 

GOODBYE POSTMODERN! HELLO NEW REALISM ! //Rencontre placée sous la direction scientifique de Maurizio Ferraris

 

La réalité serait-elle socialement construite et infiniment manipulable ? Et la vérité une notion inutile ? Non. On ne peut pas se passer du réel, il faut l’affronter et négocier avec lui. La réalité nous rend heureux ou malheureux, elle résiste ou insiste, maintenant et toujours, comme un fait qui ne supporte pas d’être réduit à interprétation. Le réel refuse de s’évaporer en une reality.

Le « nouveau réalisme » est la prise d’acte d’un changement de saison. Les populismes médiatiques, les guerres post 11-septembre et la récente crise économique ont démenti les deux dogmes fondamentaux du postmodernisme : la réalité n’est pas socialement construite et infiniment manipulable ; la vérité et l’objectivité ne sont pas des notions inutiles.

Ce qui est nécessaire n’est pas une nouvelle théorie de la réalité, mais un travail qui sache distinguer, avec patience et au cas par cas, ce qui est naturel, ce qui est culturel, ce qui est construit ou non.

Ainsi, s’ouvrent de grands défis éthiques et politiques et se dessine un nouvel espace pour la philosophie.

Paru en italien en 2012 et en français en 2014, le Manifeste du nouveau réalisme de Maurizio Ferraris a engendré des amples débats internationaux et s’est croisé avec les recherches de philosophes tels de Markus Gabriel, Tristan Garcia, Graham Harman,  Quentin Meillassoux. A Marseille, le 30-31 octobre, les principaux protagonistes du débat feront le point de la situation philosophique du moment.

 

 

18 h - Du post modernisme au nouveau réalisme // Maurizio Ferraris suivi d'un échange avec Robert  Maggiori

 

Le créateur du nouveau réalisme présente sa perspective philosophique et le journal de bord de cinq ans de débats.

Le cinéma Les Variétés

20h30 - Images en mouvement : The way we were // Conférence sur la Postmodernité au cinéma avec Enrico Terrone

 

La Postmodernité au cinéma a mis en question, à travers des récits, la frontière entre ce qui est culturellement construit et manipulable et ce qui ne l’est pas, et en particulier la frontière entre le fictionnel et le réel. Cette mise en question du réel se déploie dans deux façons différentes. D’un côté, la mise en question du réel se déploie comme hypothèse sur la constructibilité et la manipulabilité de certaines expériences de la réalité. C’est ce qui ce passe dans des films comme Blade Runner, Videodrome, Brainstorm, Strange Days. De l’autre côté, la mise en question du réel se déploie comme hypothèse sur la constructibilité et la manipulabilité de la réalité elle-même. C’est ce qui ce passe dans des films comme Matrix, The Truman Show, The Thirteenth Floor, eXistenZ, Vanilla Sky. Mais même dans ces derniers cas, l’hypothèse d’une réalité construite et manipulable comme s’il était une fiction doit quand-même présupposer un niveau plus basilaire de réalité qui n’est pas construit et manipulable et qui se distingue nettement de la fiction. Au contraire, le film absolument postmoderne est celui dans lequel il n’y a aucun moyen de distinguer entre c’est qui est réel et ce qui est fictionnel, comme dans certain films de David Lynch tels que Lost Highways, Mulholland Drive, INLAND EMPIRE.

 

 

  • SAMEDI 31 OCTOBRE, Centre de la vieille Charité

11h - Esthétique : la réalité dépasse la fiction? // Laurent de Sutter, Carola Barbero

 

Est-il possible qu’une littérature de fiction soit absolue, totalement indépendante du réel ? Et, inversement, le réel n’est-il pas le plus grand inventeur et inventaire de la littérature ?

    

14h30 -16h Méthaphysique: la prévalence de l'objet // Tristan Garcia suivi d’un échange avec Aude Lancelin (journaliste à L’Obs)

Et si la philosophie abandonnait sa préférence pour le sujet en s’ouvrant à la richesse et à la générosité des objets ?

     

16h - Les objets intelligents // Milad Doueihi suivi d'un échange avec Cédric Enjalbert (journaliste à Philosophie Magazine)

On vit dans une société automatique, donc les objets intelligents ne sont plus un rêve à la Jules Verne, mais une réalité quotidienne qui va vite se développer.

 

17h-19h - Science : la physique est-elle la réalité ultime ? // Markus Gabriel et Carlo Rovelli

Les philosophes et les physiciens savent que la réalité n’est pas telle qu’elle apparaît. Mais quelle est alors la réalité ultime ? Celle de la physique ? Celle de la métaphysique ? Une autre qu’on ignore et que l’on n’atteint pas ?