Les Rencontres place publique

1 place Lorette

13002, Marseille

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En 2007, 2008, Jacques Serrano pressent qu’un nouveau moment de la philosophie peut émerger de la scène intellectuelle française et ce à partir de quelques indices comme l’intérêt que portent certains philosophes (peu nombreux) aux objets de la pop culture sans pour autant oser  franchir le pas de l’essai ou de la conférence.
 
Intimement convaincu depuis plusieurs années qu’une réflexion philosophique doit être menée sur des objets du contemporain comme les séries télé par exemple, Jacques Serrano propose en 2009 la première édition de la Semaine de la Pop Philosophie en l’articulant au concept de « pop' philosophie » proposé par Gilles Deleuze dans les années 70.
 
Dans les années qui suivront des centaines d’auteurs s’engageront dans ce champs de la réflexion et de nombreuses maisons d’édition créerons des collections pop philo ou dans cet esprit.

 

 

 

À l'occasion de sa Xe édition - la Semaine de la Pop Philosophie accueille une sélection des principales institutions et associations qui s’engagent dans le débat d’idées et la promotion de la pensée contemporaine afin qu’elles présentent leur objectif général et les approches spécifiques qui orientent leurs choix. Parmi les invités : Citéphilo Lille, le Collège international de Philosophie, les Rencontres Philosophiques de Monaco, la Villa Gillet, Sciences Po pour l'art contemporain, Philosophie Magazine, interviendront au Théâtre National de la Criée, au Mucem et au Frac. Durant cette semaine, chaque structure est invitée à penser une rencontre/débat sur le thème de  L'INDIFFÉRENCE.

« L’indifférence est réputée gangrener notre société individualiste ; c’est pourquoi elle se voit démasquée et dénoncée par différents donneurs de morales, comme expression majeure de l’égoïsme, voire de l’hostilité envers l’humanité. Sous ce terme, devenu péjoratif, sont d’ailleurs souvent confondues deux attitudes à bien des égards différentes : la première, à caractère intellectuel, consiste surtout en une neutralité de jugement (« ne-uter », ni l’un ni l’autre) par laquelle on reste « sans opinion » (catégorie toujours significative dans les enquêtes d’opinion), on ne veut pas prendre parti ; la seconde à caractère affectif, fait qu’on se montre insensible, sans cœur, aux drames et souffrances d’autrui, ce qui entraîne l’inaction, qui peut devenir franchement inacceptable lorsqu’on ne porte pas assistance à une personne en danger, par exemple. Dans un cas, on se montre indifférent à l’égard de la vérité, dans l’autre indifférent à autrui. »            

 

Jean-Jacques Wunenburger

PROGRAMME

Vendredi 12 octobre à l'auditorium du Mucem à 19h30
Les Rencontres Philosophiques de Monaco

Présentation par Robert Maggiori,  philosophe et journaliste à Libération, des Rencontres Philosophiques de Monaco

Fondées par Charlotte Casiraghi  Les Rencontres Philosophiques de Monaco ont l’ambition de créer un « lieu » inédit, dans lequel la philosophie trouve sa maison, donnant hospitalité aux penseurs français et étrangers qui aujourd’hui la nourrissent de leurs recherches, et accueillant le public le plus large, à qui la philosophie apporte les outils de réflexion nécessaires pour comprendre le monde, la société, les autres et soi-même.

 

« Nihilisme et indifférence »

Commençons par un diagnostic sur notre époque contemporaine : ses valeurs s’usent dès qu’elles se proclament, s’essoufflent dès qu’elles se disent, et, en dépit de toute attente, ne cessent de se retourner contre elles-mêmes en ouvrant des abîmes, des gouffres, des déperditions sans précédent du sens. Cette situation hautement périlleuse, Nietzsche la prédisait déjà à l’aube du XXème siècle et lui attribuait un nom connu de tous : celui de nihilisme. Cette prédiction de Nietzsche est aujourd’hui unanimement reconnue, à tel point que nous pouvons constater que ce même nihilisme prend le visage de l’indifférence radicale. Indifférence en effet, envers le politique et son exercice délicat, envers l’histoire, la nature et la continuité de l’humanité, envers la responsabilité éthique à l’égard de l’autre. Comment s’en sortir ? Depuis quel lieu revendiquer pour l’humain un autre cap que celui de sa perdition dans le nihilisme et sa suite dans l’indifférence ? Comment encore donner à l’humain l’espoir d’une autre orientation que celle où ses valeurs proclamées ne cessent de le rejeter dans les affres de l’indifférence pour ultimement lui nier toute humanité, tout espoir, tout sens ?

 

Avec Joseph Cohen, enseignant-chercheur en philosophie contemporaine à l'University College de Dublin (Irlande), Raphael Zagury-Orly, enseignant-chercheur à l’École des Beaux-Arts – Bezalel (Israel) et à Sciences Po Paris.

Samedi 13 octobre à l'auditorium du Mucem à 19h30
La Villa Gillet

Présentation de la Villa Gillet, par Guy Walter son directeur

La Villa Gillet est un centre international pluridisciplinaire qui donne la parole aux écrivains, aux penseurs, aux artistes et au public. Créée en 1987, la Villa Gillet s’intéresse à toutes formes de culture : littérature, sciences humaines, politiques et sociales, histoire et philosophie. Elle propose une approche culturelle des savoirs à travers les rencontres publiques qu’elle organise toute l’année.

 

Conférence de  Bernard-Henri Lévy, philosophe et écrivain

« l’Empire des Cinq rois: lecture des barbaries contemporaines »
 

"Ne pas se résigner. Croire à la vertu du grain de sable, de l’écart, de la parole ou du geste irréguliers, du scandale, qui, toujours font dérailler le train de l’Histoire. Ou à la force de la pensée qui n’en finit jamais, elle non plus, de déjouer sa propre inertie mécanique: Sartre, aveugle, découvrant qu’il n’avait pas si bien compris ce que ces livres canoniques prétendaient, avec tant de verve, avoir établi sans retour… Foucault mourant, qui trouve le courage de réfléchir, enfin, sur le courage de la vérité… Ou Titien qui n’a jamais été si jeune, qui n’a jamais étalé avec tant de violence et de volupté sa matière à même la fibre et à mains nues, que dans ce Supplice de Marsyas baigné d’une lumière crépusculaire, et même déjà nocturne, que peinent à voir ces vieux yeux…
Le désert croit et je suis de peu de foi.
Mais l’une des choses que m’ont enseignées les décennies passées est que le dernier mot n’est jamais dit. Jamais. Et qu’un infime dérèglement peut tout renverser."

Dimanche 14 octobre au Mucem à 14h30
Le Collège International de Philosophie

Présentation du Collège International de Philosophie par Isabelle Alfandary, présidente de l’assemblée collégiale du Collège international de philosophie, directrice de programme

Fondé en 1983 par François Châtelet, Jacques Derrida, Jean-Pierre Faye et Dominique Lecourt, le Collège international de philosophie (CIPh) est un lieu où s'engagent des pratiques philosophiques nouvelles : les croisements qui s'opèrent avec les sciences, la littérature, les arts, l'éducation, etc. visent à situer la philosophie aux intersections des disciplines qui dessinent l'horizon contemporain, et à renouveler son intelligence du réel par sa confrontation avec les autres domaines où se déploie l'exercice de la pensée.

 

Le Collège privilégie l'articulation de l'enseignement et la recherche ; s'y côtoient enseignants du secondaire, enseignants-chercheurs du supérieur, chercheurs du CNRS ou d'autres organismes scientifiques, chercheurs libres enfin, tous engageant depuis leur activité intellectuelle, professionnelle ou artistique le travail de la réflexion à travers séminaires, colloques, conférences et publications.  

 

 « L'indifférence : impuissance à différencier ou puissance d'indifférenciation ? »

Avec Nathalie Périn, professeure de philosophie et directrice de programme au CIPh, Jérôme Rosanvallon, directeur de programme au CIPh et professeur de philosophie, Isabelle Alfandary, professeure à l'Université Sorbonne Nouvelle.

L’indifférence semble à première vue caractérisable comme une absence de relation aux choses, aux autres, voire à soi-même. Mais cette absence serait-elle constitutive, donnée à titre de condition initiale, ou au contraire toujours construite, résultat d’un processus de déliaison active ? Autour de l’indifférence, on peut ainsi bâtir deux scénarios philosophiques très différents – sinon inverses. Le premier scénario envisage fondamentalement l’indifférence comme un point de départ – une absence à remplir, un défaut à corriger. Être indifférent signifie évidemment en ce sens manquer d’empathie, ne pas ressentir ce que ressent l’autre, s’enfermer dans une forme d’égoïsme principiel. Mais l’indifférence marque plus généralement dans ce cas une incapacité initiale à différencier, à faire la moindre différence entre plusieurs choses ou plusieurs options, mais aussi et surtout entre des personnes quelconques et des choses. L’enjeu fondamental serait alors de surmonter cette indifférence, d’instaurer les bonnes différences (ne pas marquer de frontières entre les êtres sensibles par exemple, mais seulement entre eux tous et les choses – enjeu fondamental de l’éthique animale) et finalement de se déterminer en fonction de cette différenciation pour éviter à la fois l’égoïsme, l’apathie et l’indécision. Mais un second scénario tend à faire au contraire de l’indifférence un point d’aboutissement – la construction d’une relation aux choses et aux autres plus riche que toute relation (ou absence de relation) particulière donnée. Au lieu de ne plus être indifférent à ce qui nous entoure, il s’agirait d’y parvenir, de rendre les choses indifférentes, de gommer leurs particularités qui résultent seulement de notre rapport à elles. Au lieu de sortir le sujet de son indifférence, il s’agirait d’atteindre ce point d’indifférence en sortant du sujet et des différences induites par notre position subjective. Ce processus d’indifférenciation, au cœur de la démarche scientifique, mais aussi à l’œuvre dans d’autres domaines (de la psychanalyse au droit), ne constitue-t-il pas ainsi une voie de sortie plus radicale de tout solipsisme affectif ?

Lundi 15 octobre au Mucem à 18h30
Citéphilo Lille

18h30 : « Invisibilité sociale »

 Avec Guillaume Le Blanc, philosophe et écrivain.

 La capacité de se maintenir dans l’espace public ne repose pas uniquement sur les seules performances des sujets. Elle dépend largement des règles sociales qui légitiment une vie ou, au contraire, la précarisent. La visibilité et l’invisibilité ne sont nullement des qualités naturelles mais des modes sociaux de confirmation ou d’infirmation des existences. Le déclassement, la relégation, l’absence de travail marginalisent les individus au point de les effacer en les retirant de toutes les formes de participation : le subalterne, le précaire, l’exclu sont alors de moins en moins audibles, de moins en moins visibles. Il est urgent que la philosophie prenne le parti des sans-voix et des invisibles si elle veut contribuer à une critique de la normalité sociale. Pour cela, elle doit repartir de ce que peuvent les vies ordinaires afin de penser au plus près de leur activité : car une vie cherche moins à être reconnue qu’à faire œuvre, à pouvoir participer de manière irréductible à la cité.

 

19h15 : Présentation de Citéphilo Lille par Gilbert Glasman, co-fondateur, membre scientifique et responsable des thématiques de Citéphilo Lille

Citéphilo Lille propose un temps de réflexion philosophique autour de questions d’actualité. Chaque mois de novembre, dans ce qui a aujourd’hui pour nom Hauts-de-France, est organisée une centaine de conférences-débats en présence d’auteurs philosophes, sociologues, historiens, économistes, géographes... Les conférences abordent des thématiques des sciences humaines et sociales, des questions esthétiques, artistiques, historiques, politiques, culturelles... Toutes les rencontres sont libres d’accès et gratuites www.citephilo.org 

19h30 : Philosophie Magazine :

« Croire à l'incroyable. Les migrants, le droit d'asile et nous », Échange entre Smaïn Laacher professeur de sociologie à l’Université de Strasbourg, ancien juge à la Cour Nationale du droit d’asile et Martin Legros, rédacteur en chef de Philosophie  Magazine

Le drame des migrants confronte l’Europe à un des plus grands défis de son histoire. Saura-t-elle, tout en protégeant ses frontières, honorer les grands principes d’hospitalité et de secours aux persécutés qui sont au cœur de son identité ? Ou renoncera-t-elle à ses propres valeurs sous le coup de la peur et de la montée des populismes ? Avant d’être une question politique, juridique et même culturelle, cette question met en jeu notre indifférence à tous, soit notre ouverture ou notre fermeture au destin des Autres. Et cette ouverture, loin d’être acquise, est peut-être le fruit d’un travail, d’une pratique. C’est ce que suggère l’itinéraire de Smaïn Laacher, sociologue, spécialiste de l’immigration, qui a été chargé par le Haut-Commissariat aux réfugiés de le représenter auprès de la Cour nationale du droit d’asile. Dans Croire à l’incroyable. Un sociologue a la cour d’asile, il relate sa confrontation quotidienne, pendant près de quinze ans, aux dossiers déposés par les candidats au droit d’asile. Comment évaluer le récit singulier d’un requérant qui sollicite l’asile dans un aveu public ? Comment apprécier sa véracité ? Sur la base de son adéquation à la réalité des faits ? De l’honnêteté de la personne ? De l’intime conviction du juge ? En revenant sur cette expérience, Smaïn Laacher nous permet de comprendre comment l’indifférence, loin d’être une donnée pérenne, est une relation avec l’autre et comment elle peut être bousculée. 

Mardi 16 octobre au FRAC à 18h
Prix Sciences Po pour l'art contemporain

18h : Présentation du prix Sciences Po pour l’art contemporain par Camille Richert tutrice et responsable pédagogique du prix Science Po pour l'art contemporain et doctorante en histoire de l'art, CHSP, Science Po Paris.

Le Prix Sciences Po pour l’art contemporain a eu pour thème en 2018 « l’indifférence ». Il a alors semblé évident à Jacques Serrano de présenter une rencontre au cours de la Semaine de la Pop Philosophie avec la gagnante du prix.

Le Prix Sciences Po pour l’art contemporain récompense chaque année et depuis 2010 deux jeunes artistes émergent.e.s, de moins de 35 ans, travaillant en France. Sa vocation est double : promouvoir la jeune création dans un lieu non conventionnel de la culture et fédérer étudiant.e.s et professionnel.lle.s du milieu de la culture autour de l’art. Soutenu par de nombreuses personnalités du monde de l’art et par la direction de Sciences Po, ce prix est devenu une référence dans le paysage artistique, notamment grâce à la qualité des œuvres présentées, des artistes, du comité de sélection et d’un jury d’exception.

 

18h15 : Échange sur la performance "Antisocial Club" d’ Eve Chabanon lauréate du prix 2018 Sciences Po pour l'art contemporain 2018 avec Julia Marchand, curatrice adjointe de la fondation Van Gogh,  Camille Richert et Eve Chabanon.

Le 15 juin 2017 des habitants de l’agglomération de Barking & Dagenham, en banlieue de Londres occupent la chambre du conseil municipal le temps d’un débat public couvrant une soirée. Le groupe est représentatif des communautés locales, il comprend notamment des membres du Women’s Institute, des étudiants de la formation pour adultes Eastbury Community School, un conseiller municipal, des artistes londoniens, une bande d’adolescentes, une personnalité littéraire locale, des retraités, etc.

Il s’agit d’une performance orchestrée par l’artiste Eve Chabanon. Les riverains y sont invités à se réapproprier l’espace public, médiatique et décisionnel de la ville, à l’occasion d’un débat dont la mise-en-scène suggère également la possibilité de puiser dans la fiction, pour soulever d’autres modes de participation vers de nouvelles formes démocratiques.

La performeuse Chloé Cooper interprète le rôle de modératrice et introduit les problématiques de la soirée : « dépossession » et « coalition ». Le texte comporte des monologues proposants différents concepts théoriques remis ensuite en jeu lors de questions adressées au public, tournées de manière à interpeller les affects et créer des oppositions. La trame narrative ne dissimule aucune ficelle. On y lit la dangerosité des méthodes d’écriture des discours et de certains systèmes de manipulation de groupe qui y résident.

Installés à la place des conseillers municipaux, utilisant les mêmes micros pour faire porter leurs voix, les spectateurs participent alors activement à une aventure collective. Petit à petit les lieux sont ainsi transformés en une hétérotopie abritant les idéaux de cette communauté temporaire, constituée dans l’urgence, face à une menace fictionnelle amenée par le scénario à mi-parcours.

Le choix est donné, rester ou partir, fermer les portes, tirer les rideaux, rejoindre la coalition et s’approprier la fin de l’histoire dans un clair-obscur à la mesure de « La Chambre des dépossédés ».

Texte de Cédric Fauq

Mercredi 17 octobre

Soirée festive avec le public, les amis et les partenaires de la Semaine de la Pop Philosophie.

Semaine de la Pop Philosophie
Direction : Jacques Serrano
-www.semainedelapopphilosophie.fr
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Réservations conseillées
pour les conférences au Mucem et au Frac:
resa.popphilo@gmail.com/04 91 90 08 55
pour les conférences à la Criée:
(tarifs:6/13 euros)
réservation par téléphone au 04 91 54 70 54 ou sur le site du Théâtre