Les Rencontres place publique

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SAISON IX // 2017

CROYANCES

C’est avec la complicité d’amis philosophes que Jacques Serrano a réactivé, voilà une douzaine d’années, le concept de Pop Philosophie proposé par Gilles Deleuze à la fin des années 70. En 2009 Jacques Serrano présente à Marseille la première édition de la Semaine de la Pop Philosophie.  

Pour sa neuvième édition, la Semaine de la Pop Philosophie présente « Croyances » autour de trois axes : « Croyance et philosophie », « Croyance et politique » et « Croyance et neuroscience », sans oublier un des moments forts de cette semaine consacré aux « Miracles ». À cette occasion seront réunis de grandes figures de la pensée contemporaine et de jeunes essayistes.   

Comment poser aujourd’hui le problème de la croyance ?  

Face aux « kalachnikovs des âmes tourmentées »* le problème de la croyance requiert plus que jamais le regard du philosophe et le secours du concept pour tenter de saisir, dans la pluralité de ses expressions, un phénomène qui par nature excède la rationalité. Apanage traditionnel du domaine religieux, la croyance produit des effets qui débordent de plus en plus sur l’ensemble du corps social, jusqu’au politique qui fait lui-même objet de croyances.   

L’espace théologico-politique dans lequel nous vivons, pour reprendre l’expression de Spinoza, n’a d’autre but que le salut par l’obéissance et la soumission au détriment de la liberté. Il est donc plus que jamais nécessaire de déconstruire ce qui au sein de la croyance favorise la superstition et l’ignorance, au moyen par exemple de l’approche zététique qui fait de l’ « art du doute » un outil au service de l’intelligence collective.                  Cependant, par-delà les dangers que porte en elle la part irrationnelle de toute pensée, il importe aussi de reconsidérer ce que nous nommons « croyance » en proposant par exemple un « régime irréligieux du divin » comme l’écrit le philosophe Quentin Meillassoux.  

En initiant cette semaine pop philosophique, Jacques Serrano vise à faire découvrir au public des approches plus sophistiquées de la croyance : « L’irrationnel est une composante de l’esprit, nous devons œuvrer à sa sophistication tout en essayant de comprendre les résistances inhérentes à son processus »** :       [Saut de retour à la ligne]Créer de nouveaux possibles, voilà peut-être l’un des premiers enjeux de ce festival consacré à la croyance.  

  

*Philippe Corcuff  

**Jacques Serrano 

 

Intervenants:

 

Henri Atlan Philosophe et médecin biologiste- Claude Hagège  Linguiste et professeur au Collège de France- Alexis Lacroix Essayiste et directeur délégué de la rédaction de l'Express- Antoine Buéno  Ecrivain - Philippe Corcuff  Sociologue, maître de conférences à l’Institut d’Etudes Politique de Lyon- Michel Guérin  Philosophe et écrivain- Henri Broch  Biophysicien, fondateur du laboratoire de Zététique à l’Université de Nice Sophia Antipolis- Robert Maggiori  Philosophe et journaliste à Libération- Philippe Nassif  Philosophe, conférencier, conseiller en identité narrative- Jean-Claude Bologne  Philologue et écrivain- Nelly George-Picot  Rédactrice en chef de la revue Zone Sensible - Martin Legros  Rédacteur en chef de Philosophie magazine- Catherine Kintzler  Philosophe- Floriane Chinsky  Rabbin et sociologue- Tareq Oubrou Imam- Paul-Marie Cathelinais Frère dominicain- Christophe Habas  Ancien Grand maître du Grand Orient de France et neuro-radiologue- Pacôme Thiellement  Ecrivain - Serge Goldman Neuroscientifique- Françoise Gaillard  Historienne des idées- Pamela King Psychanalyste, vice-présidente de Democrats Abroad France. - Christian Makarian Essayiste et directeur délégué de la rédaction de l'Express- Antoine Hennion  Sociologue de la musique- André Rossi Organiste.

PROGRAMME 2017

SAISON IX

MARSEILLE

DU 23 AU 28 OCTOBRE 2017

  • Lundi 23 octobre // THÉÂTRE NATIONAL DE LA CRIÉE

20h. « Le sot croira n’importe quoi » // Henri Atlan (philosophe, écrivain et médecin biologiste) - Suivi d’un échange avec Alexis Lacroix (essayiste et directeur délégué de la rédaction de L'Express).

"Triangle autour du vrai : croyance, savoir, certitude. Nous sommes déterminés par nos croyances mais celles-ci sont de différentes sortes et n’ont pas toutes la même valeur.
Essai de classification de différents régimes de croyance :

  • Énoncés de credo dans les religions proprement dites à profession de foi.

  • Croyances pratiques.

  • Etats modifiés de conscience.

  • Représentations sociales collectives plus ou moins ritualisées.

 

Croyances scientifiques : visée de transformation en savoir universel. Différents stades : hypothétiques et théoriques dans la construction empirico-logique du savoir. Dévoiements du langage et perversions de la vérité : information et communication."

ENTRACTE

« Violence et religion  » // Claude Hagège  (linguiste, professeur au Collège de France) - Suivi d’un échange avec Alexis Lacroix (essayiste et directeur délégué de la rédaction de l'Express).

"Les religions monothéistes de l’Occident ont pour propos de répondre, toutes les trois, à la tentation humaine d’exorciser la mort, non reconnue dans sa nécessité biologique, ainsi qu’au besoin d’apaiser la soif de transcendance, en instaurant un pouvoir plus qu’humain, surplombant toute initiative personnelle et rétribuant, dans un au-delà promis, les actions des hommes durant leur vie terrestre. Cette analogie de vocation devrait, par sa nature même, rendre les trois monothéismes solidaires. Or on observe, tout au contraire, que les conflits les plus violents ont opposé les unes aux autres, dès l’origine, ces religions. Une première cause est l’assurance, chez les tenants de chacune d’elles, de posséder la vérité sur les destinées humaines et sur Dieu. Une autre cause est l’appétit de pouvoir qui habite les autorités politiques de chaque collectivité, et l’instrumentalisation de la foi religieuse à des fins de domination. Ainsi peuvent s’expliquer les violences comme les Croisades, fondées sur la volonté chrétienne de chasser les musulmans des lieux saints du christianisme, ou, au sein même de cette religion, les guerres qui, dans la seconde moitié du XVIème siècle en France, ont opposé catholiques et protestants, moins, sans doute, sur des problèmes de dogme que pour des raisons politiques."

Ce même soir, au Théâtre de la Criée, la librairie marseillaise "Histoire de l'œil" recevra les auteurs

pour une séance de dédicaces sur place.

  • Mardi 24 octobre // THÉÂTRE NATIONAL DE LA CRIÉE

20h.« La magie du vote » // Antoine Buéno (écrivain).

"A première vue, rien de plus rationnel que la démocratie représentative. Un homme, une voix. Une voix plus une voix = une majorité. C'est mathématique, c'est arithmétique. Difficile de faire plus cartésien. Mais à y regarder de plus près, notre République est enchantée. Enchantée par la magie du vote. Oui, le vote est un acte magique par excellence. Il repose sur une double croyance. D'une part, celle que chacun a, a priori, la compétence de désigner ses gouvernants. D'autre part, celle que chaque citoyen peut effectivement participer par la voie du vote au destin collectif. Comme tout acte magique, le vote s'accompagne d'un rituel, la grande messe républicaine de l'élection présidentielle. C'est aussi de ce point de vue que notre régime est une monarchie républicaine. Comme le roi thaumaturge, capable de guérir les écrouelles par apposition des mains, le roi-président républicain imprègne de son pouvoir l'ensemble de tous ceux qu'il nomme aux très nombreux postes et places qu'il lui incombe institutionnellement de pourvoir. Par la magie du vote, l'élu imprègne de sa légitimité tous ceux qu'il touche, ou plutôt tous ceux qui sont touchés par sa grâce. La magie du vote, c'est aussi l’irrationalité de la croyance dans son utilité. Une croyance qui ne résiste pas longtemps à l'analyse lorsque l'on sait que l'essentiel du pouvoir est détenu dans nos sociétés modernes par des autorités non élues (administration, ministres, commissaires européens), que 9 élus sur 10, à savoir les élus des assemblées locales et parlementaires, n'ont aucun pouvoir et que les élus des exécutifs, qui pourraient théoriquement agir, n'y ont aucun intérêt étant piégés dans un système par nature carriériste et clientéliste. Raison pour laquelle la magie a du mal à continuer d'opérer si l'on en juge par le taux d'abstention aux dernières présidentielles et législatives. Et surtout par le fait que l'abstentionnisme se structure en une véritable force de pression politique..."

ENTRACTE

«Chansons populaires, spiritualité sans dieux et trouble agnostique dans les croyances politiques» // Philippe Corcuff (sociologue)

"L'exploration du sens et des valeurs de l'existence, c'est-à-dire le domaine du questionnement spirituel, n'appartient pas nécessairement aux religions. Nombre de chansons populaires se font ainsi écho des doutes et de la quête existentiels, en témoignant du caractère ordinaire des interrogations spirituelles. On s'arrêtera plus précisément sur deux chansons d'Alain Souchon, Foule sentimentale (1993) et Si en plus y'a personne (2005). Ce qui laisse une place à une spiritualité agnostique, mettant entre parenthèses la figure de(s) Dieu(x). Ni religieuse, ni antireligieuse, cette spiritualité agnostique ouvre un autre chemin que celui des absolus, qu'il s'agisse de l'argent-roi ou du djihadisme meurtrier, et que celui du relativisme du "tout se vaut". Elle ouvre alors la possibilité d'une spiritualisation de la politique, de plus en plus desséchée dans la professionnalisation comme dans le marketing de la fausse "politique autrement". Cependant, spiritualiser la politique en ce sens supposerait aussi rompre avec la religiosité politique, qui réintroduit subrepticement, sans qu'on y prenne garde, comme l'a encore mis en évidence la campagne présidentielle de 2017, des croyances dogmatiques vis-à-vis de personnes et/ou de discours politiques. Source de réenchantement politique en partant des fragilités de la vie ordinaire, un agnosticisme spirituel permettrait donc également de prendre des distances critiques vis-à-vis des dogmatismes concurrents dans l'expression des légitimes convictions politiques."

Ce même soir, au Théâtre de la Criée, la librairie marseillaise "Histoire de l'œil" recevra les auteurs

pour une séance de dédicaces sur place.

  • Mercredi 25 octobre // THÉÂTRE NATIONAL DE LA CRIÉE

19h. « Croyance et scepticisme  » // Michel Guérin (écrivain et philosophe)

"Selon des stéréotypes tenaces, le geste de croire et celui de douter s’opposeraient frontalement. D’un côté, ce qu’on rassemble sous l’enseigne de scepticisme désigne une posture de distance critique par rapport aux idées reçues et aux dogmes qui prétendent faire autorité. De l’autre côté, les croyances impliquent une adhésion à des hommes, un assentiment à des opinions, une confiance ou un crédit placés en telle ou telle institution, entité, voire divinité. Or, une analyse de la croyance fait apparaître plusieurs caractères qui dissuadent de persister dans l’opposition simple : croire/douter.

D’abord, on observe deux sources du croire, qui souvent se renforcent. La première correspond à l’idée de crédit : croire, c’est placer sa confiance, s’en remettre à une instance supérieure de sa propre sauvegarde ; c’est le credere latin. L’autre source renvoie au verbe sentire, qui signifie « penser » au sens très large, juger, opiner. Bref, la confiance et l’opinion apparaissent comme les deux ressorts du croire.

Ensuite, on se demandera si la dichotomie supposée depuis Platon entre l’opinion et le savoir résiste à la critique. Pour que l’opposition soit sensée, en effet, il faudrait que les deux termes se trouvent sur un même plan ; or, l’opinion n’est ni vraie ni fausse. L’opinion est autre chose qu’une moindre science, que le ratage d’une connaissance.

Enfin, admis que ce n’est pas du savoir qu’il s’agit, mais de la pragmatique de la vie sociale, on essaiera de substituer à l’alternative vrai/faux l’alternative sain/pathologique. Dans ce sillage on ne pourra que méditer sur l’oscillation de la croyance saine entre croire et « décroire », pour apercevoir que nombre de nos croyances sont bien plus…sceptiques qu’on…ne le croit !"

ENTRACTE

 « Esprit critique es-tu là ? » // Henri Broch (biophysicien )

"Zététiquoi ? ... Qu'est-ce que c'est ce truc bizarre ?...

La Zététique est la «méthode dont on se sert pour pénétrer la raison et la nature des choses» (Littré) et se résume par l'expression "L'Art du Doute", base de la méthode scientifique.

 

Quelles sont les facettes de cette démarche rigoureuse à adopter lorsqu'on aborde des sujets aussi brûlants que la parapsychologie, l'astrologie, les médecines magiques, les mystères de l'archéologie fantastique ou le surnaturel ? Quelles sont les raisons qui poussent à croire ? Comment tester un degré de croyance ? Comment peut s'installer un comportement superstitieux ? Les croyances sont elles affaires individuelles ou collectives ? Tout phénomène hors-normes est-il explicable ?... Tous ces questionnements peuvent être abordés avec des exemples concrets, du "suaire de Turin" au "miracle" du sang de saint Janvier, en passant par le "cosmonaute" maya de Palenque et les ovnis, les tests de télépathie et psychokinèse ou encore la marche sur le feu...

 

Mais la zététique, souvent présentée dans les médias comme l'approche scientifique des phénomènes dits "paranormaux", ne se restreint évidemment pas à ce seul domaine. Elle est un pilier fondamental du développement de l'esprit critique au service de tous les citoyens et le physicien Henri Broch nous convie dans cette conférence-diaporama à en découvrir Les Règles d'Or qui sont la base même de tout traité d'autodéfense intellectuelle."

Ce même soir, au Théâtre de la Criée, la librairie marseillaise "Histoire de l'œil" recevra les auteurs

pour une séance de dédicaces sur place.

  • Jeudi 26 octobre // MUCEM

 

15h.  « La croyance, le ballon et la foi  » // Robert Maggiori (philosophe et journaliste à Libération)

"C’est entre ce que les espagnols nomment afición et les italiens tifo, qu’il faudrait chercher l’essence de ce sentiment particulier qui lie les supporters à leur sport, au football en particulier. L’afición tirerait l’affection, dans tous les sens ce qui nous affecte, ce à quoi affectueusement on tient ou la ferveur, l’amour, la passion. Le tifo indiquerait la maladie, littéralement le typhus, ou une exaltation, un enthousiasme sans frein, confinant à l’aveuglement, au fanatisme. Mais quel serait alors le «juste milieu»? Si les footballeurs, comme d’autres as du sport, sont des «dieux du stade», faut-il plutôt penser à l’adoration, à la vénération? Comment est-il possible que le football, chez l’aficionado ou le tifoso - autrement dit des milliards de personnes, de tout âge, de toute latitude, de toute culture, de toute nationalité, de toute religion - puisse non seulement provoquer des émotions, des pleurs, des joies indicibles, espoir et désespoir, crainte et tremblement, mais aussi obnubiler l’esprit, l’occuper tout entier comme le ferait une substance toxique? Existe-t-il chez les supporters une foi (fides) comparable à la foi religieuse, une foi au nom de laquelle on est prêt à tout sacrifier, une fidélité à son équipe plus forte que celle qu’on jure aux êtres qu’on aime? Quelle confiance – où transparaît fiancé – suscite le football, quel type de croyance? Que peut en dire la philosophie?"

AIX-EN-PROVENCE

RENCONTRE PHILOSOPHIQUE AU GRAND ORIENT DE FRANCE

15h.  Discussion proposée et animée par Martin Legros (rédacteur en chef de Philosophie magazine)

Catherine Kintzler – Philosophe

Floriane Chinsky – Rabbin et sociologue

Tareq Oubrou – Imam

Paul-Marie Cathelinais - Frère dominicain

Christophe Habas – Ancien Grand Maître du Grand Orient de France et neuro-radiologue

Nous vivons dans des sociétés qui, pour mettre fin aux guerres de religion, ont fait de la croyance religieuse une option personnelle, une conviction privée. Le libre choix et la libre expression des convictions de chacun sont protégés, les croyances peuvent s’organiser au sein de la société civile en associations et en Églises, mais la neutralité de l’Etat et le principe de la laïcité les empêchent d’empiéter sur la citoyenneté et d’influer sur les grandes décisions collectives. Si le principe de cette organisation n’est pas remis en cause, de nombreuses voix invitent aujourd’hui à aborder les croyances religieuses autrement. Pourquoi, demande-t-on, les convictions les plus fortes des individus – celles qui portent sur les fins dernières, sur le sens de la vie et de la mort, sur le statut de la condition humaine, - seraient-elles maintenues en dehors de l’espace de la réflexion et de la délibération démocratique ? Pourquoi des croyances agissantes, qui orientent les individus dans leur vie et les font parfois agir, seraient-elles soustraites à la raison et à la discussion, sous prétexte qu’elles relèvent de la liberté de conscience ou de l’irrationnel ?

Ne peut-on pas envisager d’inviter les croyances, dans leur multiplicité, à se confronter l’une à l’autre ? Il y a dix ans déjà, le philosophe Jürgen Habermas, s’étonnait d’une organisation de l’espace public politique qui prescrit à ses citoyens « une séparation de leur existence selon une part privée et une part publique à travers l’obligation de ne pas justifier leurs prises de position dans l’espace public par des raisons religieuses ». Sans remettre en cause le principe de la laïcité, Habermas se demandait si on ne pouvait pas trouver un mode de discussion et de confrontation entre les croyances religieuses concurrentes qui leur permettraient de faire valoir, en public, leur « contribution sensée pour éclairer des questions fondamentales controversées ».  (Une conscience de ce qui manque, Esprit, Mai 2007).

Dix ans plus tard, alors que le retour du religieux s’est amplifié, que la menace du fanatisme et du terrorisme religieux s’est aggravée, et que certains agitent le spectre d’une nouvelle guerre de religions, la proposition philosophique de Jürgen Habermas n’a toujours pas été entendue. C’est pour remédier à cette carence que la semaine de la Pop Philosophie, en partenariat avec Phillosophie magazine, a imaginé un dispositif de discussion inédit. Dans un lieu surprenant, un temple maçonnique, là où, il y a deux siècles, en France, est né cet Espace public cher à Jürgen Habermas, des personnalités des grands cultes ont accepté de confronter, aux côté d’un représentant de la franc-maçonnerie et d’un philosophe athée, leurs conceptions divergentes de la vie et de la mort, de l’âme et du corps. Afin de voir comment, sur des questions concrètes qui sont au cœur du débat contemporain (qu’il s’agisse de l’euthanasie, de l’égalité homme-femmes, de la question du genre, des nouvelles formes de sexualité, d’union et de reproduction, mais également de la liberté de conscience, du blasphème et de l’apostasie, des rapports entre foi et raison, etc.) elles peuvent se confronter, et, grâce à cette confrontation, apporter « une contribution sensée » au débat public

MARSEILLE

cipM - centre international de poésie Marseille

19h.  « Une mystique sans Dieu » // Jean-Claude Bologne  (philologue et écrivain) - Suivi d’un échange avec Nelly George-Picot (rédactrice en chef de la revue Zone Sensible)

"Peut-on vivre une expérience fulgurante de l’absolu sans l’associer nécessairement au vocabulaire et à l’imaginaire religieux ? Bien des athées, des agnostiques l’ont dit, avec leurs mots, mais avec les mêmes caractéristiques que les expériences religieuses : mise en contact foudroyant avec un inconnu tantôt identifié au néant, tantôt avec l’infini, explosion de joie extatique, impression de certitude, dépassement des frontières corporelles, absence de peur de la mort, expérience du vide intérieur, retour à l’unité… La communion avec le monde, le choc artistique, l’émotion amoureuse peuvent être les véhicules de cette nouvelle forme de spiritualité. Sous des termes divers, les mêmes expériences sont décrites de siècle en siècle. Certains croient en Dieu, d’autres non, mais ils n’éprouvent pas le besoin de recourir à un Dieu transcendant pour expliquer leurs transports. Une vaste famille où l’on côtoie Apollinaire, Bataille, Borges, Ionesco, Nietzsche, Mallarmé, Proust et tant d’autres.
Pourquoi alors parler de « mysticisme » plutôt que de sentiment océanique avec Romain Rolland, de jubilation avec Nietzsche, d’expérience intérieure avec Georges Bataille ? Parce que ma formation de médiéviste m’a d’abord mis en contact avec la mystique rhéno-flamande des XIIIe-XIVe siècles, et en particulier avec maître Eckhart, dont j’ai voulu comprendre la pensée. Ils m’ont parlé de ce que j’avais vécu, mais cela ne m’a jamais amené à une quelconque forme de foi ou de croyance. Mon athéisme n’a bien entendu rien d’agressif et entend respecter les croyances de chacun, mais à une époque où l’on confond parfois mysticisme et fanatisme, sinon fanatisme et terrorisme, revendiquer les mots qui nous élèvent est devenu pour moi une urgence. Ce que l’on vit — l’expérience — est profondément distinct de ce que l’on croit — la religion."

  • Vendredi 27 octobre FOND RÉGIONAL D'ART CONTEMPORAIN

14h30. « Un seul ou plusieurs Christs » // Pacôme Thiellement (écrivain et vidéaste)

 

« Croyance ou connaissance : deux façons de concevoir la divinité. »

"On sait que, dès les premiers temps du christianisme, il y eut des conflits majeurs sur la façon d’interpréter la parole de Jésus. Le plus célèbre conflit était celui entre Pierre (qui voulait conserver la bonne nouvelle de l'incarnation et de la résurrection au sein de la communauté juive) et Paul (qui voulait l’étendre à l’ensemble de l’humanité). Mais Pierre et Paul se réconcilièrent contre des personnes qu’ils désignèrent comme leurs véritables adversaires : ce sont ceux que les chrétiens appelèrent par la suite « gnostiques » pour se moquer de l’importance donnée par eux à la « gnosis », la connaissance, dans la parole de Jésus. Eux-mêmes ne se sont pas appelés gnostiques, mais « hommes de l’autre monde », « étrangers », « solitaires », « génération sans roi ». Pour eux, le message du Christ était une libération de la « prison » que représentait l’attachement matériel à ce monde, à l’ambition politique comme aux règles de vie intime instituées par les prêtres pour garder une emprise psychique sur leurs ouailles. « Je ne suis pas venu comme un seigneur mais comme un soutien, dit Jésus dans un texte « sans roi », je suis votre frère secret. » Anarchistes, anti-misogynes, anti-sexophobes, révoltés par la souffrance animale, tirant au sort les prêtres qui dirigeaient leurs réunions, refusant une unité artificielle et recherchant « la liberté » et « le Royaume », interprétant la résurrection de Jésus d’une toute autre manière, ces hommes qui furent persécutés et exterminés par l’Eglise ont quelque chose à nous apprendre sur nous : en quoi ils étaient déjà « comme nous » et le chemin que nous avons encore à faire pour devenir « comme eux ». "

 

15h30.  « Pop Christologie» // Philippe Nassif  (philosophe, conférencier, conseiller de la rédaction à 

Philosophie Magazine et en identité narrative)

"De Jésus Christ Superstar au romantisme sacrificiel de Kurt Cobain, en passant par la métaphore évangélique de Robocop, les réminiscences pop de la figure du Christ n’auront échappé à personne. Il s’agira ici d’amener le raisonnement un cran plus loin : et de constater que la pop culture, dans son essence même, est une reprise exacte de la structure narrative de l’épopée chrétienne. Qu’est-ce que le phénomène chrétien en effet, sinon la subversion de la langue — et donc de la métaphysique — grecque par la parole juive de rabbi Yeshoua enfantant l’Eglise romaine ? Et qu’est-ce que la pop culture, sinon le fruit d’une alliance monstrueuse entre l’industrie culturelle et les héritiers de la tradition romantique — Bob Dylan, John Lennon, David Bowie, pour ne parler que musique — lancés à son assaut ? De là s’ensuivent toute une série de conséquences éclairant la nature fondamentale de la pop culture — à commencer par son rapport à la croyance. Et peut-être apparaîtra-t-il que si la pop culture est morte au tournant des années 2000 avec le déclin de la télévision, c’est pour mieux ressusciter via les écrans d’ordinateur connectés au web."

ENTRACTE

16h30. « La croyance : aux confins mystérieux de la cognition » // Serge Goldman (neuroscientifique)

"La relation entre croyance et neuroscience est réciproque; si la neuroscience apporte un regard scientifique sur le processus mental de la croyance, celle-ci pénètre aussi la neuroscience : aussi scientifique que se veuille la neuroscience, la croyance en est. Pensons au Graal de la neuroscience, une théorie complète de la conscience. Il suppose une hypothèse qui a tout de la croyance, celle d’une conscience humaine capable d’embrasser un sujet de connaissance qui l’inclut elle-même.

L’étude de la croyance par la neuroscience se heurte à un paradoxe: démontrer que la croyance résulte d’un processus mental propre à l’individu abolit l’éventuelle réalité de l’objet de croyance ; la croyance devient donc « sans objet ». Autrement dit, Dieu est mort le jour où la neuroscience démontre que la croyance est le produit de l’activité mentale de l’homme.

La croyance est un processus conscient par lequel un sujet adhère à des perceptions ou des élaborations cognitives non vérifiées par les sens. Les objets de croyance se constituent aux extrêmes de chacune de nos fonctions cognitives. Les actions, rôles, pouvoirs attribués aux objets de croyance sont celles de nos fonctions cognitives propres, mais dissociées de nous, amplifiées et placées dans un cadre qui permet le partage.

Le cerveau est un appareil probabiliste qui génère perceptions, actions et représentations mentales sur base d’estimations nourries par l’expérience. La croyance lui est donc intrinsèque puisqu’il ne dispose d’aucun élément de certitude pour générer des estimations, ni sur le monde physique, ni sur le monde mental qui lui est propre ou que les autres manifestent. La croyance est aussi un processus par lequel notre pensée abandonne l’approche probabiliste pour adopter des certitudes. Ce processus réduit la charge mentale qui consiste à traiter en termes de probabilités toute évaluation, tout choix, toute décision et toute anticipation. Les croyances libèrent du doute qui s’impose objectivement, mais chahute et encombre notre vie mentale."

 

  • Samedi 28 octobre FOND RÉGIONAL D'ART CONTEMPORAIN

14h. « Post vérité ou retrait de la vérité » // Françoise Gaillard  (historienne des idées) - Suivi d’un échange avec Pamela King (psychanalyste, vice-présidente de Democrats Abroad France.)

Au lendemain de la cérémonie de son investiture le 45ème président des États Unis nous faisait officiellement entrer  dans l’ère de « la post vérité » en affirmant contre toutes les preuves factuelles de l’évènement (notamment les photos aériennes),  que celle-ci avait été la plus grande en termes d’audience.

Nous connaissions la relativité de la vérité : vérité en-deçà des Pyrénées, erreur au-delà.
Nous connaissions la concurrence entre les vérités.
Nous connaissions la prolifération des vérités.
Nous connaissions l’instrumentalisation de la vérité par le politique.
Mais avec Trump nous entrons dans un nouveau régime de la vérité.

Cela signifie que  bien que malmenée la vérité reste donc notre référence, à nous qui n’avons pas encore compris qu’il y a longtemps qu’elle s’est retirée de notre monde.

15h15. « Le poids de la croyance dans les relations internationales » // Christian Makarian  (Essayiste et directeur délégué de la rédaction de L'Express.)

Dieu est mort, mais d'autres prophètes sont venus : ils ont annoncé un siècle religieux.  

Ferment identitaire qui transcende les idéologies, remède sans guérison aux injustices, ancrage fictif dans un monde à la dérive, la religion n'est plus l'"opium du peuple". Depuis trois décennies, elle n'a plus pour fonction de relier mais de délier ; elle est politique à un point que Marx n'avait jamais imaginé. Car elle s'est éloignée de la spiritualité pour s'enfoncer dans la croyance ; elle a quitté les chemins du ciel pour creuser des fossés sur terre. Une croyance qui n'a plus peur de Dieu ; qui ne cherche plus l'universel ; qui attise une appartenance au détriment d'une autre ; qui devient l'acteur majeur des conflits mondiaux. 

 

CONSERVATOIRE NATIONAL DE RÉGION PIERRE BARBIZET

20h.« Bach ou la puissance de croire» // Antoine Hennion  (sociologue de la musique) - Suivi d’un concert donné par André Rossi, organiste

 

"Le croire est un « faire exister ». L’art, la religion, la politique, l’amour : aussi diverses soient-elles, ces réalités ne tiennent que dans la mesure où l’on croit en elles. Pour autant, leurs objets, si dissemblables, ne sont-ils qu’illusion ? La croyance reste en effet vulnérable : une approche critique, même si elle reconnaît son efficace propre et qu’elle analyse ses conditions de félicité, s’empresse de réduire la croyance soit en en faisant un savoir d’ordre inférieur, soit en l’expliquant par une raison plus forte qu’elle, en particulier une détermination sociale déguisée en choix personnel.

Comment envisager au contraire la puissance du croire, ce caractère performatif, présent dès qu’une réalité exige d’être soutenue pour prendre consistance ? Je m’appuierai sur le cas de Bach, à la fois grand croyant et grand artiste. Son exemple oblige à prendre au sérieux notre capacité à faire advenir les objets mêmes auxquels nous croyons. Reconnaissance réciproque : pour les faire advenir, il nous faut croire en eux, les prendre eux-mêmes au sérieux. C’est l’argument de Souriau sur « l’œuvre à faire » : loin de faire de ces objets des totems, la simple projection de nos désirs ou de nos identités, croire en eux implique qu’on se mette à la hauteur de leur exigence."