«Le virus de la distraction. Pourquoi des zombies en philosophie»

Avec Pierre Cassou-Noguès, philosophe et écrivain et Martin Legros, philosophe et rédacteur en chef de Philosophie Magazine.

Absents mais contagieux

Dans l'éventail des créatures du fantastique contemporain, le zombie se définit par une forme particulière d'absence à soi et par le fait que cette absence est d'une façon obscure contagieuse. Le zombie des séries télévisées et du cinéma n'est pas inconscient, ou privé de sensations. Il voit, il entend, il prend plaisir parfois, ce n'est pas un robot, ou une enveloppe vide d'une expérience intérieure. Il est comme aveuglé par son désir de sang, ou de chair humaine. Il aurait quelque chose à voir avec le somnambule mais le somnambulisme n'est pas contagieux. Pour bien saisir cette absence à soi, il faut comparer le personnage du zombie avec d'autres, le vampire, le robot, le somnambule mais aussi le consommateur abreuvé de publicité. Dans le film de Romero, Le crépuscules des morts-vivants, les zombies hantent en foule un centre commercial.

Sommes-nous nous-mêmes des zombies, quand nous faisons les courses poussant notre caddie le samedi après-midi ? Sommes-nous maîtres de nos désirs ou, comme des zombies, absents à soi, la réalité du désir se jouant plus profond que notre conscience, dans une viralité qui nous échappe ? Une viralité qui n'est pas biologique mais implique néanmoins des contagions.

Enfin, comment la philosophie peut-elle penser cette contagion et cette absence à soi qui caractérise le zombie ? La philosophie risque toujours de prendre cette absence dans soi dans l'alternative de la conscience et de l'inconscience, du plein ou du vide, ce à quoi justement elle échappe. C'est alors pourquoi la philosophie a besoin de la littérature fantastique qui lui donne des images, des noyaux de sens, dont elle peut s'emparer et user. C'est bien pourquoi il y a des zombies en philosophie. La philosophie pense par images.